Archéologie-  Adhésion- Document du mois- Accueil Archipal- Toponymie- Conférences- Publications- Bibliothèque- Présentation- Pays d'Apt- Paléographie- transcription- Voyages.

 

CHRONIQUES D'ARCHIPAL et FRANCE BLEU VAUCLUSE

diffusées entre le 7 juillet et le 27 août 2017 les samedi et dimanche

logo france bleu Vaucluse

 

8 juillet  -   Michel BOUILLET            La naissance du Vaucluse

9 juillet -    Patrick De MICHELE     La création d’Apta Julia

15 juillet -  Serge TRUPHEMUS      1914 Le mythe du pantalon rouge garance

16 juillet  - Jacques GADRAT          Les méridiennes en Provence

22 juillet –  Michel ROURE              La réutilisation des bâtiments religieux

23 juillet -   Françoise LAMOUR      Roger Bernard, mort pour la France

29 juillet -   Michel ROURE              Du couvent au fruit confit

30 juillet -   Marc DUMAS      Un hôpital d’avenir sous la bienveillance de Christophe  Colomb

5 août -      Serge TRUPHEMUS      L’affaire du 15e corps

6 août -      Michèle BRUN                Le voile de Ste Anne

12 août -    Jacques GADRAT          Les tremblements de terre en Vaucluse

13 août -    Michèle BRUN               L’histoire du  pastel de Ménerbes

19 août -    Jacques GADRAT          Les cuves vinaires rupestres en Vaucluse

20 août -    Michèle BRUN               Le mariage par enlèvement, une tradition très fréquente en Provence

26 août -     Michèle BRUN              «  La femme qui pleure » à Ménerbes

27 août -     Michèle BRUN              Le manuscrit de Remerville

Chroniques sans retransmission sur France Bleu Vaucluse

 Marc Dumas : Le Luberon un lieu de présence humaine ancestral.

Serge Truphémus/ La légion garibaldienne en Avignon : 1914-1915

Françoise Lamour: Naître à Viens et devenir noble et célèbre…

 

 

 

1

Michel BOUILLET : Docteur en Géographie. Président d’Archipal.             C:\Users\Colette Mercier\Documents\Parking\Blason 1.JPG

 

Retour en haut

La naissance du Vaucluse  

Pour l'écouter

Notre département de Vaucluse présente la particularité d’être né officiellement trois ans après les autres départements français.

FBV : Ah oui et pourquoi ? Expliquez-nous

Eh bien, il a été créé par décret de la Convention, à la suite du rattachement à la France d’Avignon et du Comtat Venaissin en 1791.

 Avignon est devenu un district des Bouches-du-Rhône, tandis que Carpentras a été intégré à la Drôme.

Afin d’aboutir à la constitution d’un département, le district d’Apt fut rattaché, ainsi que celui d’Orange détachés des Bouches-du-Rhône et de Sault détaché des Basses-Alpes (les actuelles Alpes de Haute-Provence).

C’est un département « standard » quoiqu’un peu plus petit que les autres, avec deux « grands » districts de près de 40.000 habitants chacun : Avignon et Carpentras                                    et deux « petits » Apt et Orange d’environ 20.000 habitants chacun.

FBV : On obtient ainsi un département qui ressemble aux autres départements déjà créés ?

Oui et non.

Oui, si l’on regarde les données démographiques et administratives : le nouveau département de Vaucluse se devait d’être conforme au modèle républicain unificateur.

Non, si on regarde la géographie.

Le Vaucluse rassemble une partie de la vallée du Rhône et les plaines comtadines, puis les hauteurs du Ventoux et du plateau de Sault.

Enfin, on trouve au sud-est, les vallées du Calavon et de la Durance, séparées par le Grand Luberon qui perd sa qualité de limite administrative entre le Comtat et les Bouches-du-Rhône au profit de la Durance.

FBV : Et sur le plan historique ?

Sur le plan historique, la disparité est lisible sur le blason du Vaucluse. Il est divisé en quatre quartiers : le Comtat est représenté par les deux clefs de saint Pierre, la Provence par la fleur de lys, Orange par le cornet des princes des Baux et Avignon par les trois clefs du Pape.

FBV : Et vous pouvez nous en dire plus sur ces différentes origines ?

Pays provençaux, le comté de Sault, les pays d’Apt et d’Aigues, avec le Luberon et la petite principauté de Mondragon ont été acquis par la France en 1492.

La principauté d’Orange est passée de la famille des Baux à celle de Nassau, famille du stathouder de Hollande, d’où, encore aujourd’hui, la couleur orange du maillot de l’équipe néerlandaise de football ! En 1704, elle a été cédée à la famille de Conti qui, l’a rattachée à la France en 1713, au traité d’Utrecht.

Enfin, en 1791, les États du Pape, fondés en 1348, sont  joints à la France après bien des péripéties.  

L’unité du Vaucluse est donc essentiellement administrative.

 

 

 
Retour en haut

   2

Patrick DE MICHELE  Docteur en Archéologie, attaché au Service d’Archéologie du    Conseil Départemental du Vaucluse     

 

La création d’Apta julia

Pour l'écouter

 

FBV-Vous allez nous parler d’Apta Julia ? C’est Apt  non ?

Oui c’est son nom romain.

Elle  est probablement fondée entre 45 et 30 av JC.

FBV-La voie Domitienne, c’est le nom de la voie romaine ?

- Oui c’est une des plus anciennes de la Gaule.

Elle reprend le tracé de pistes protohistoriques. Elle s’appelle alors la voie héracléenne, parce que  selon la légende Héraclès appelé aussi  Hercule l’a empruntée pour ramener d’Espagne  ramené les bœufs du géant Géryon …

En fait c’est l’utilisation militaire, et stratégique, de la voie qui va dominer

Hannibal général carthaginois partant d’Espagne pour marcher sur Rome va la suivre ainsi que son frère Hasdrubal

Ce sont finalement  les romains qui vont lui donner le nom d’un général romain et l’appeler la voie Domitia ou Domitienne.

Elle devait assurer la circulation des garnisons protégeant les cités devenues romaines entre Rome et l’Espagne.

Itinéraire des victoire de Jules César sur les gaulois, elle sera par la suite la route des invasions barbares .

RBV- Et comment était Apt au temps des romains ?

L’actuelle  rue des Marchands artère principale d’Apt était aussi l’artère principale de la ville romaine : le  decumanus maximus antique (orienté est ouest). Elle était encadrée de constructions monumentales.

Au nord de la rue des marchands et de la cathédrale s’élevait le théâtre, une construction importante puisqu’il pouvait accueillir jusqu’à 6000 spectateurs.

On vient d’en retrouver  les vestiges, enfouis à  4 et 5m de profondeur  lors de travaux de réfection de la place Carnot, ils font suite à ceux déjà été retrouvés dans les caves des immeubles environnants.

Lorsque nous marchons dans les rues d’Apt nous sommes au premier étage des constructions antiques.

RBV- Mais alors y a t-il une ville bâtie sur une autre ?

 Effectivement nous pouvons dire que ces traces se superposent les unes aux autres, dans un véritable patchwork architectural.

On peut dire que l’architecture moderne a pour colonne vertébrale l’architecture antique.

RBV - C’est Patrick DEMICHELE  l’archéologue découvreur de ces vestiges ?

Oui et il nous dit : « … les visiteurs que j’ai souvent guidés dans les caves du centre-ville, ne marchaient plus de la même manière après avoir visualisé les trésors de cet urbanisme antique; comme si, une fois retournés à la surface des temps modernes, leur notion d’équilibre, leur perception de la réalité avait été pour ainsi dire reconditionnées ou mieux, reprogrammées. »

 

                                                                                                                                  

 

 
Retour en haut

 3

Serge TRUPHEMUS : Professeur d’Histoire, spécialiste de la guerre 1914/1918               

 

Août 1914 : Le mythe du pantalon rouge garance

 

Pour l'écouter

 

FBV : Quel est le lien entre la garance et les pantalons rouges. 

Oui, la garance est une plante tinctoriale cultivée dans le Vaucluse dès le 18es utilisée dans l’industrie textile pour teindre notamment les uniformes militaires en rouge.

Au 19e s, la garance a contribué à la prospérité d’une partie du département, mais cette culture lucrative a disparu vers 1885, à cause de la concurrence d’un colorant chimique : l’alizarine.

En août 1914, c’est revêtus d’un pantalon rouge garance comme en 1870, que les soldats français sont jetés contre les mitrailleuses allemandes et subissent leurs premières hécatombes. C’est là l’origine d’une confusion, d’un mythe tenace, que l’on peut résumer ainsi : C’est à cause des paysans du Midi,  que l’on aurait  conservé le pantalon rouge.

 Pourtant, on ne produit plus de garance depuis 1885, soit 30 ans avant le début du conflit. En 1914 les pantalons rouge garance étaient teints avec de l’alizarine.

Le plus scandaleux, scandale par ailleurs dénoncé avant-guerre, c’est que l’alizarine chimique était principalement acheté à des firmes... allemandes, comme BASF.

 FBV: Si ce n’est pour sauver les producteurs de garance, pour quelles raisons l’armée française a t-elle conservé le pantalon rouge ?

L’état-major, conscient du problème, avait testé des tenues « moins voyante » comme le disait Joffre. Mais, contrairement aux autres belligérants, la France a tardé à modifier cette couleur anachronique.

 Et ce, pour trois raisons principales :

-  Économiquement, tout d’abord, du fait du coût induit par un changement d’uniforme.

-  Esthétiquement, ensuite, les tests de couleur moutarde ou réséda, qualifiée de “caca d’oie”, n’ont convaincues ni l’armée, ni la presse, ni l’opinion publique. Enfin, par respect des traditions. Le général Etienne, ancien ministre de la Guerre, se serait écrié : « Supprimer le pantalon rouge ? Non ! Le pantalon rouge, c’est la France. » 

 QUESTION : Comment ce mythe a-t-il-pu prospérer jusqu’à nos jours ?

En 1919 pouvait-on avouer cette vérité ?

Il était probablement plus opportun de laisser accuser les paysans du Midi.

Le plus fou, c’est qu’aujourd’hui ce mythe tenace perdure toujours, entretenu par de nombreux auteurs, y compris méridionaux, qui s’inspirent les uns des autres.

Répétons-le, les paysans vauclusiens n’ont rien à voir avec le pantalon rouge de 1914...

 

 
Retour en haut

       4                                                                                                                            

Jacques GADRAT : intéressé par l’histoire, les vieilles pierres et l’astronomie

Les méridiennes en Provence…

Pour l'écouter

FBV- C’est ce que nous allons découvrir aujourd’hui

L’omniprésence du soleil en Provence a favorisé la multiplication des cadrans solaires de toutes formes et de toutes tailles.

Apt présente l’originalité d’en posséder deux très particuliers.

On les appelle les méridiennes du temps moyen.

FBV- Pourquoi deux types de marqueurs horaires ?

 Le cadran solaire classique indique l’heure solaire, tout au long de l’année s’il est bien orienté mais celle-ci n’est juste que quatre jours par an.

 La méridienne du temps moyen  nous donne l’heure exacte tous les jours mais seulement à midi.

FBV-En somme ils indiquent des heures approximatives, avec des moments d’exactitude différentes ? 

 Effectivement mais l’heure solaire c’est celle qui permettait  de travailler aux champs, ce n’est pas l’heure officielle celle qui permet d’attraper le TGV

FBV- Et comment lire l’heure ?

On connaît bien la forme du cadran solaire classique  avec sa  barre de métal inclinée, qu’on appelle gnomon.

Sur la paroi verticale partant de la base du gnomon, sont tracés des rayons, qui  indiquent les heures,

La méridienne, elle, se présente sous la forme d’un huit allongé avec au dessus le gnomon, et sur ce huit apparaissent des mois et non des heures.

FBV- Et alors là comment se  lit l’heure ?

Je vous explique : quand la pointe de l’ombre du gnomon vient toucher le huit du mois de référence, il est midi, ce n’est pas plus compliqué.

Et seuls quatre jours font midi au sud : Les 15 avril, 13 juin, 1° septembre et 25 décembre.

Le jour le plus court de l’année est le 12 septembre il ne dure que: 23h 55mn 39sec

L’écart maximal de temps qui nous sépare de l’heure de midi par rapport au sud c’est le : 3 novembre  et la différence est de 16 mn 26s

FBV-Pourquoi ces inexactitudes ?

La terre fait un tour sur elle-même en 23h 56mn 4s

Le temps qui manque à la terre pour revenir face au soleil à midi est donc variable dans une année, d’où les décalages journaliers, et les imprécisions des cadrans solaires.

Seules quatre périodes font exactement vingt quatre heures :

- Les 11 février, 14 mai, 25 au 28 juillet et4 novembre

Aujourd’hui les cadrans solaires et méridiennes font partie de notre paysage mais ils  sont plus esthétiques qu’utilitaires. Pourtant ils montrent l’étendue des connaissances en astronomie au  19e siècle

FBV-Existe-il d’autres méridiennes en Vaucluse ?                     Je n’en ai pas trouvé mais je n’ai pas cherché partout. Les auditeurs pourront peut être, apporter leur pierre à cet édifice.

 

Retour en haut

5

Michel ROURE : Ingénieur en retraite, chercheur amateur en histoire religieuse d’Apt aux XVIIIe et XIXe siècle.

 

La réutilisation des bâtiments religieux

Pour l'écouter

 

FBV : Vous allez nous parler aujourd'hui de bâtiments publics de Vaucluse qui ont été des édifices religieux dans le passé ?

 Oui et plus précisément de la seconde vie de certains édifices religieux.

Les bâtiments ont une vie. Certains disparaissent et sont détruits après avoir rempli leur fonction. D'autres, changent d'identité pour vivre une seconde vie.

 

Dans le Vaucluse, c'est le cas de 3 bâtisses qui ont en commun d'avoir été autrefois le palais de l’évêque. Je veux parler de la mairie sous-préfecture d'Apt, du tribunal de Carpentras et du musée du Petit-Palais en Avignon.

 

Avant la création du département, donc avant la Révolution, Apt, Avignon, Carpentras, Cavaillon et Vaison étaient des sièges de diocèse.

Ces 5 villes avaient chacune une cathédrale et donc un évêque qui y siégeait.

 

FBV : Toutes ces villes ont conservé un palais épiscopal ?

Quelques-unes seulement l'ont conservé. Jusqu'à la Révolution, toutes les 5 ont eu leur palais épiscopal.

Mais en 1801, il a été décidé, en commun accord entre la France et le pape, de limiter le nombre de diocèses à un seul par département.

Le diocèse de Vaucluse eut dès lors son siège en Avignon.

 

Par contre Apt, Carpentras, Cavaillon et Vaison perdirent leur évêque et donc n’eurent plus besoin de leur palais.

Le palais épiscopal de Cavaillon fut vendu à la Révolution, et détruit par la suite, mais ceux d'Apt et Carpentras ont été réutilisés.

Celui d'Apt, construit sur les plans de l'architecte avignonnais Jean-Pierre Franque, abrite de nos jours la mairie et la sous-préfecture.

Celui de Carpentras, lui, dessiné par François Royers de la Valfenière, autre architecte avignonnais, est aujourd'hui le siège du palais de justice.

 

Enfin en Avignon, les archevêques ayant changé de résidence, l'ancien palais épiscopal est devenu le musée du Petit Palais. On   peut actuellement y admirer des collections de peinture du XIIIe au XVIe siècle.

Il s’appelle le Petit Palais du fait de sa proximité avec son grand voisin, le Palais des papes. 

 

FBV : D'autres édifices religieux ont aussi une seconde vie ?

Oui, bien d'autres bâtiments autrefois religieux, ont la chance de vivre cette seconde vie.

A Apt, par exemple, l'ancien séminaire est aujourd'hui l'école maternelle, Les Romarins.

En Avignon, la chapelle du collège des Jésuites est devenue le musée lapidaire.

Ces quelques cas montrent la capacité des édifices à s'adapter. Les bâtiments modernes que nous construisons auront peut-être, un jour, une seconde vie.

 

 
Retour en haut

6

Françoise LAMOUR : Licenciée en histoire, passionnée d’histoire, guide de pays après une carrière dans la fonction publique.

                             Roger Bernard mort pour la France

Pour l'écouter

Chaque année en juin une commémoration a lieu  au pied d’une stèle dressée au bord d’une route de Vaucluse, elle rassemble des associations de résistants et la population locale en mémoire de Roger Bernard

FBV : Que s’est-il passé ?                                                                                                  
Nous sommes le 22 juin 1944 sur la petite route qui relie la N100 au village  d Oppedette. Un camion allemand s’arrête  près de la gare de Viens. On en fait descendre un jeune homme, on lui dit de partir et on lui tire dans le dos.Il s’effondre au pied d’un vieux mûrier où son corps restera pendant plusieurs jours, les nazis interdisant qu’on lui donne une sépulture

FBV : qui était-il ?

Il s’appelait Roger Bernard,  il avait 23  ans était marié et père d’un petit garçon de 2 mois prénommé Alain. Il était poète et imprimeur et Pertuisien..                                                                                                                         

FBV : Et pourquoi  était il là ?                                                                                                                           Comme tous les jeunes gens de son âge il avait fui le STO . Il avait rejoint le réseau « ALEXANDRE » à Céreste où il assurait depuis 15 jours la liaison entre René Char et les deux radios installées à Viens au  lieu dit Flaqueirol.              
Ces deux  hommes Marcel Chaumien et Jean Soupiron, étaient là pour préparer le débarquement de Provence.

 Ils  assuraient également l’émission de messages pour la SAP (section d atterrissage et de parachutage d’Apt) et pour le réseau Alexandre.

  FBV : Et quelle était la mission ce jour là ?                                                                                          
Ce  jour là Roger est parti de Flaqueirol avec un message important pour « Alexandre ».   A l’entrée de Céreste il est pris dans une rafle, mais réussit à détruire le message dont il est porteur.  Cette rafle a été mise en place par la sinistre division brandebourg..                                                                                                                                        

FBV : La division brandebourg qui est –elle ?                                                                                             
Une division de l’armée allemande composée uniquement de français d’extrême droite pro-nazis  et de voyous de la pire espèce. Ils étaient basés à Pont Saint Esprit. Leur  mission était l’infiltration des réseaux de résistants et leur destruction. Ils étaient d’une violence extrême, ils ont semé la mort dans le Gard et le Vaucluse

Revenons à Céreste le 22 juin 1944 :                                                                                                                        
 Les miliciens remarquent très vite que Roger porte des chaussures anglaises neuves, elles proviennent d’un parachutage effectué à Lagarde. Cela alerte leur méfiance. Qui plus est, on trouve dans son sac a  dos un étui de revolver. Il le portait à recoudre chez le
cordonnier.                                                                                                             

Il est conduit à la gendarmerie pour y être interrogé par les miliciens. Il ne parle pas. En milieu d après midi, les miliciens le font monter dans un camion et on connait  la suite…   

 

 
Retour en haut

7

Michel ROURE : Ingénieur en retraite, chercheur amateur en histoire religieuse d’Apt aux XVIIIe et XIXe siècle.

 

Du couvent au fruit confit

Pour l'écouter

 

FBV: Le Vaucluse est un département gourmand.

On peut y savourer entre autres les papalines, à la liqueur d'origan, souvenirs des papes en Avignon.

Les berlingots de Carpentras, bonbons translucides au sirop de fruits confits, le nougat de Sault ou les fruits confits d'Apt.

FBV : Apt « Capitale mondiale des fruits confits » oui ou non ?

Oui, c’est bien la capitale du fruit confit.

La production a commencé au début du XIXe siècle dans des fabriques artisanales qui confisaient toutes les variétés de fruits de la région : cerises, abricots, figues, prunes, poires.

A partir du milieu du XIXe siècle, l’exportation massive de cerises confites pour les cakes du marché anglais a provoqué une augmentation de la quantité produite.

Ces fabriques de fruits confits, sont donc, devenues industrielles.

 Elles eurent alors besoin de grands locaux, situés en ville :

-Grands, pour pouvoir stocker les quantités de fruits récoltées et en attente de confisage.

-Et en ville pour permettre aux femmes d’équeuter et de dénoyauter les cerises chez elles.

FBV : On avait besoin de grands bâtiments, donc on a construit des usines ?

D'anciens édifices religieux étaient disponibles, en particulier d'anciens couvents, on allait les utiliser, ou s’installer sur leur terrain. Apt en a possédé jusqu'à 8 simultanément.

Deux frères, ouvriers confiseurs chez le même patron, décidèrent de s’installer à leur compte et de créer leurs usines.

L’un acheta l’ancien couvent de la Visitation, l’autre l’ancienne abbaye Sainte- Croix.

Dans le jardin de l’ancien hôpital Saint-Castor, un confiseur fit construire son usine.

Enfin, dans le jardin de l'évêché, un autre lieu religieux, une usine de chocolat s’installa puis devint une fabrique de fruits confits après son rachat par deux confiseurs associés.

Au total la ville compta jusqu'à 12 fabriques de fruits confits simultanément.

FBV : Et on fabrique encore des fruits confits et du chocolat à Apt ?

Bien sûr...

Des artisans-confiseurs installés en ville y produisent des fruits confits qu’ils commercialisent dans leurs boutiques. Certains sont confiseurs-chocolatiers.

A l'entrée ouest de la ville à proximité de la route d'Avignon, deux confiseries industrielles modernes sont visibles.

Si vous passez par Apt, cédez à la gourmandise et arrêtez-vous pour goûter quelques fruits confits et chocolats, héritiers du passé aptésien.

 

 
Retour en haut

8

Marc DUMAS : Poète provençal, écrivain de langue provençale et  française. Grand prix littéraire de Provence.

                            Un hôpital d’Avenir sous la bienveillance de Christophe Colomb.

Pour l'écouter

FBV : Vous allez nous parler de l’hôpital d’Apt et de Christophe Colomb. Il est venu s’y faire soigner ?                                                                                                                     
 Attendez,  il faut d’abord que je vous conte la longue histoire des services hospitaliers d’Apt et de son pays.         
Dès le début du XIV° siècle un accueil de soins y est  réservé aux pauvres. Les classes les plus aisées se font soigner à domicile par des barbiers-chirurgiens ou des médecins, ceux qui seront  fort bien décrits par Molière.                 
Les bâtiments destinés à l’office d’hôpital vont souvent changer d’emplacement, et ces évolutions seront fréquemment prétexte à conflits entre le pouvoir ecclésiastique du Chapitre c’est à dire le pouvoir religieux et les
municipalités.         
En tout cas c’est grâce à de constants et généraux donateurs que des progrès sont
enregistrés.                          
A  partir du XIXe le 2e hôpital St.Castor, bel édifice de style XVIIIe, est regroupé avec l’Hospice de la Charité après des travaux. C’est aujourd’hui le Conservatoire de Musique.

FBV : Et Christophe Colomb ?

On y vient… Les élus, voulant honorer et entretenir la mémoire d’un des mécènes décidèrent de le statufier et de poser une sculpture sur le fronton de la façade de l’hôpital St Castor. Mais soucieux des deniers publics, ils trouvèrent que le prix du sculpteur était bien trop élevé. Ils décidèrent alors d’aller chercher un sosie du sieur Jouffoy, on suppose que c’était lui , parmi le stock de statues de quelque antiquaire de Marseille. Le prix et la qualité d’une création inconnue leur parut acceptable, ils en firent l’acquisition.

On ne sait plus s’ils devaient apprendre plus tard qui était représenté sur cette œuvre de pierre… ou s’ils l’avaient appris dès le moment de l’achat !  Les aptésiens eux, l’on découvert quelques années après et ce fut une bien belle découverte car il s’agissait de Christophe Colomb lui-même, qui après avoir découvert ce que l’on sait, n’entend plus les plaintes des malades mais les symphonies d’un Nouveau Monde…puisque le bâtiment abrite maintenant l’école de musique ainsi qu’il a été dit.                                                         

L’hôpital étant aujourd’hui menacé par la fermeture de sa maternité, un Comité de Patronage s’est mobilisé pour un grand projet de rénovation. Il fait appel aux dons. Comme par le passé ce sont de généreux donateurs qui permettront à Apt d’avoir son hôpital d’avenir.

FBV : ET la statue de qui ira- t-on chercher pour les honorer ?                                                   
Je vous le dirai dans une autre époque…      

 

 
Retour en haut

9

Serge TRUPHEMUS : Professeur d’Histoire, spécialiste de la guerre 1914/1918

L’Affaire du 15e corps de Marseille

Pas d'archive sonore à disposition

 

Peu après la défaite de Dieuze, en Lorraine annexée, le 24 août 1914 un article du journal Le Matin incrimine les soldats provençaux du 15ème corps, en ces termes :

« Surprises sans doute par les effets terrifiants de la bataille, les troupes de l’aimable Provence ont été prises d’un subit affolement. »

C’est ainsi qu’éclate « l’affaire du 15ème corps » de Marseille, qui scelle la réputation des Provençaux durant la Grande Guerre.

L’étude chronologique des faits, les recoupements de témoignages, infirment aujourd’hui une telle accusation.

Néanmoins, le mal est fait, les Provençaux seront réputés être de piètres soldats et donc de mauvais patriotes.

 

FBV : Qui est à l’origine de cet article accusateur ?

Le doute persiste. Le signataire de l’article, le sénateur de la Seine Auguste Gervais, affirmera : « Je l’ai signé, mais je ne l’ai pas écrit. »

Adolphe Messimy - ministre de la guerre -, inspirateur et/ou commanditaire de l’article, démissionnera suite au tollé soulevé par l’affaire.

Mais, de qui, Gervais et Messimy tenaient-ils leurs informations ?

Observons que   qui Gervais et Messimy tenaient leurs informations ?ris. our l'ire que civile.ontre la propagation des foyers de contagion"e, RamRel’affairel’affaire du 15e corps a opportunément occulté les responsabilités de Joffre - et de son Etat-Major -, qui incriminait et limogeait les exécutants alors que la défaite était générale.

Début septembre, les Allemands seront sur La Marne, aux portes de Paris.

 FBV : Quelles sont les conséquences de cette affaire ?

Révélatrice de préjugés régionaux, l’affaire se traduit bientôt par une stigmatisation de tous les Méridionaux. On dira : « De Nice à Bordeaux, tous pourris ! ».

 Louis Tissier, député de Vaucluse, livre en outre un rapport édifiant début 1915 :

— Il y relate l’hostilité d’officiers qui refusent de commander des unités du 15e corps...

— Il y déplore des injures et des humiliations, comme : « Vous n’êtes bons qu’à recevoir des balles dans le cul ! »

— Il y dénonce des actes d’inhumanité de médecins qui refusent de soigner des blessés originaires du Midi !

 FBV : L’opinion publique ne s’en est-elle pas émue ?

Des journaux locaux et des personnalités, comme Jules Belleudy ancien préfet de Vaucluse, tenteront en vain de défendre les Provençaux du 15e corps.

Mais comment lutter contre des préjugés anciens et tenaces ? L’opinion gonflée de patriotisme et acquise à ces préjugés était convaincue d’avance.

En définitive, pour expliquer une défaite incompréhensible, le soldat provençal était le « bouc émissaire » idéal, ainsi qu’était idéale « l’affaire du 15e corps » de Marseille.

 

 
Retour en haut

10

Michèle BRUN : Historienne médiéviste et historienne de l’Art

Commissaire d’expositions au Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice jusqu’en 2012-

Le voile de Sainte Anne

Pour l'écouter

Il existe un objet très particulier dans le trésor de la cathédrale Sainte Anne, ici à Apt : une très belle pièce de tissu de lin fin de 310 cm sur 152, brodée de soie et d’or, enrichi de bandes de tapisserie en son centre et à ses extrémités.

On l’a dénommé « voile de Sainte Anne » depuis plusieurs siècles.

 

FBV : Quelle vérité se cache derrière ce terme mystérieux ?

Il aurait enveloppé les reliques de sainte Anne, la grand-mère du Christ et de fait, il a été vénéré durant plusieurs siècles.

 On ignore quand exactement et dans quelles circonstances cette étoffe merveilleuse, voire miraculeuse, est parvenue à Apt, mais il semble que cela se soit produit après la fin de la première croisade, soit après 1099.

 L’enthousiasme et la ferveur des croisés avaient été extraordinaires au point d’entraîner outre-mer bien des membres des familles nobles provençales.

On cite le seigneur d’Apt Rambaud de Simiane, Guillaume de Sabran et Isoard l’évêque d’Apt. Il est possible que le tissu précieux ait été rapporté par Isoard lui-même mais les chroniques sont-elles fiables à cet égard ?

FBV : Qu’est-il devenu au fil des siècles ?

Après son arrivée à Apt, on a pris l’habitude de le conserver dans un récipient de verre afin de le protéger des intempéries, de la poussière, de l’humidité et de ce fait on ne le sortait qu’au moment des grandes fêtes en l’honneur de sainte Anne.

En 1851 seulement, l’orientaliste Etienne Marc Quatremère achève enfin, de déchiffrer les inscriptions figurant dans les broderies de l’étoffe et où figurent des caractères arabes coufiques.

En 1934, on en termine l’identification détaillée :  il s’agit en réalité d’un manteau arabe de grand luxe, tissé en Egypte fatimide, dans un atelier royal de Damiette, et sans doute destiné au calife Must’ali.                                        
Une inscription donne même la date du tissage : 1096/1097.  On peut considérer ce vêtement comme une de ces robes d’honneur raffinées, destinées à être remises en cadeau à ses favoris par le calife.

A l’heure actuelle, on peut l’admirer dans la salle du trésor de la cathédrale, conservé sous verre.                                                                                                                                                                             
 Il est arrivé que la ville d’Apt le prête pour des expositions importantes car il s’agit d’un des très rares objets authentiques datant de la première croisade. 

 

 
Retour en haut

   11

Jacques GADRAT: Intéressé par l’histoire, les vieilles pierres et l’astronomie

d’après un texte d’Anne VALLON paru dans la revue ARCHIPAL

 Les tremblements de terre en Vaucluse

Pour l'écouter

 

FBV- Tremblement de terre : c’est un risque qui effraie beaucoup. Qu’en est il en Vaucluse ?

Tout le monde, ou presque, a entendu parler du tremblement de terre de 1909 . En Provence on a déploré 46 morts et plus de 2000 bâtiments détruits.

 Lambesc , Rognes, St Cannat, Vernègues ont été particulièrement touchés.

En Vaucluse il n’a fait que quelques dégâts matériels .

A Avignon le clocher de l’église des Carmes a bougé, il est resté penché depuis.

A Bonnieux des maisons ont été fissurées.

Pertuis a subit des dégâts plus importants, mais partout la panique a été grande.

 FBV- Je sais que l’échelle de Richter ne sera établie qu’en 1935, mais compte tenu des dégâts observés,  est-ce qu’on a pu l’évaluer approximativement ?

Il se situait à 6,5 sur l’échelle de Mercalli , utilisée à cette date qui comptait 12 degrés.

 FBV- On est donc sur une faille sismique ? Laquelle ?

La cause de ce phénomène est due à la présence de la faille du Val de Durance.

C’est une des régions de France les plus exposées aux risques.

Cela est dû aux mouvements des plaques continentales avec un raccourcissement nord-sud combiné à une élongation est-ouest.

 FBV- Et c’est le seul tremblement de terre qui a eu lieu en Provence ?

Non, on en connaît d’autres dans un passé récent, à l’échelle géologique.

Trois  ont eu lieu au XVIIIe siècle : à  Cavaillon en 1731, Carpentras en 1738 et Ménerbes en 1763

Et un autre au XIXe à l’Isle sur Sorgue en 1863.

 FBV- Le XXIe siècle est préservé ?

De nos jours, Avignon, située sur la faille dite de Tarascon, enregistre environ 150 mini secousses par an.

Elles sont d’une intensité inférieure à 2 sur l’échelle de Richter, indétectables par les Vauclusiens que nous sommes mais pas par les sismographes.

En Vaucluse, les cantons d’Apt, Bonnieux, Cadenet et Pertuis, sont classés en zone de faible risque.  Néanmoins des  normes de construction antisismiques sont exigées dans ces cantons.

 En conclusion il existe un risque en Vaucluse, c’est une épée de Damoclès, elle n’est pas sur nos têtes mais bel et bien sous nos pieds, ne l’oublions pas.

 

 
Retour en haut

12

Michèle BRUN : Historienne médiéviste et historienne de l’Art

Commissaire d’expositions au Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice jusqu’en 2012-

 

L’histoire du pastel de Ménerbes

Pour l'écouter

 

Le docteur Laffont nous raconte au tout début du XXe siècle.

Un jour qu’il faisait ses visites à Ménerbes comme à son habitude, un certain docteur Laffont soigne une très vieille dame, plutôt démunie.

Au moment de son départ, elle lui montre un portrait au pastel très ancien et fort joli d’une très jeune fille en lui disant qu’à son décès, son frère le lui porterait en règlement de ses bons soins. Soit. Les choses se passent ainsi quelques mois plus tard.

En retournant le tableau, il peut y lire : « Eléonore Pulchérie des Laurents ».

Curieux, le médecin fait quelques recherches chez le notaire de Ménerbes et effectivement, il tombe sur le testament autographe de Balthazard des Laurents daté de 1779 et de la même main que la dédicace du tableau.

Dans un autre document, la jeune fille est dénommée Princesse de Tingry.

RVB : Cette princesse a-t-elle vraiment existé ?

Tout à fait. Le 18 mars 1745, à Avignon, dame Claudia Magdeleine de Ferraud d’Avernes met au monde une petite fille, à la joie de son mari, Balthazard des Laurents. Las, quelques mois après, la jeune mère décède à 26 ans, laissant un veuf inconsolable et un bébé de 10 mois.

L’éducation d’Eléonore se déroule à Paris principalement. Il est probable que le fameux portrait, un pastel sur parchemin, était un cadeau destiné à son père.

Eléonore fréquente le meilleur monde parisien, et choisit son mari dans la famille prestigieuse des Montmorency, princes de Tingry d’où le nom de princesse de Tingry. Cependant on sait qu’elle ne viendra jamais dans la maison de Ménerbes que son père a fait construire en 1781.

RVB : Mais qui occupe la maison de Ménerbes ? est-elle abandonnée ?

Au décès de son père, Eleonore-Pulchérie vend ses propriétés avignonnaises et fait transporter dans la maison de Ménerbes, meubles et objets, d’où la présence du fameux portrait.

Un personnage d’une certaine renommée, le comte de Dantzau, un noble danois, très riche, la contacte car il souhaite occuper la maison.

Aucun acte ne mentionnera de location ou de vente de cette maison. Cependant, on sait par les témoins d’époque que le comte de Dantzau y a mené joyeuse vie.

Au décès de Dantzau en 1789, la maison est occupée par le notaire du comte puis par sa famille, jusqu’à ce que de mauvaises affaires en ruines successives, le bien soit saisi.  A partir de là, la maison et son contenu seront systématiquement pillés. On n’en retrouvera et encore fortuitement que le portrait entre les mains du docteur Laffont.

(L’hôtel de Tingry,  rue Cornille, 84560, classé monument historique . 4ème quart du XVIIe]

 

 
Retour en haut

13

Jacques-GADRAT : intéressé par l’histoire, les vieilles pierres et l’astronomie.

d’après un texte de Michel BOUVIER paru dans la revue ARCHIPAL

 

Les cuves vinaires rupestres en Vaucluse

Pour l'écouter

 

Le département de Vaucluse est éminemment agricole.

On y cultive la vigne sur de grands domaines et sont présents un grand nombre d’établissements viticoles.

Ce sont, des caves coopératives ou des caves particulières, mais il n’en a pas toujours été ainsi.

Dans un espace situé entre Venasque et Buoux on peut trouver une cinquantaine de cuves à vin, rupestres.

 FBV : Rupestres ? Ce qui signifie ?

Qui a un rapport avec la roche, le rocher…

Eh donc les cuves dont nous parlons sont taillées à la main dans du calcaire facile à travailler et durcissant à l’air.

 Elles sont de forme généralement circulaire d’une profondeur n’excédant pas deux mètres et d’un diamètre de l’ordre d’un mètre cinquante environ.

Elles sont toutes accompagnées d’un  fouloir .

 Il est, soit  juxtaposé à la cuve, soit  posé au-dessus en fonction du produit final à obtenir, vin rouge ou vin blanc.

Chaque cuve possède son dispositif de soutirage.

C’est leur emplacement qui  surprend, car elles sont situées sur des plateaux calcaires d’où la vigne est absente.

 FBV : Et pourquoi ces cuves vinaires sans vigne à proximité?

C’est dans la climatologie des siècles antérieurs que l’on trouve l’explication.

Grâce à l’analyse des pollens, on  sait que des périodes au cours des siècles ont été plus ou moins favorables à l’agriculture, et notamment à la culture de la vigne.

 Du Ve au  VIIIe siècle, du  XIIe au XIII siécle et du  XVIe au XIXe siècle, il faisait plus froid que de nos jours, et  les plateaux calcaires étaient donc plus humides, et  donc cultivables.

Pour illustrer la différence de pluviométrie et sur le plan anecdotique on peut citer la procession des limaces vers 1300 pour arrêter la pluie. D’ailleurs en pays Niçois elle existe toujours.

 On peut penser que la vigne était présente à ces endroits d’où la nécessité des cuves pour recevoir le vin.

La sècheresse revenant, ces cultures ont disparu pour rejoindre des lieux plus favorables, où on peut les retrouver de nos jours.

Aujourd’hui, trouver ces cuves rupestres n’est pas chose facile car elles sont cachées dans les bois, les broussailles et comblées par la terre végétale.

 

 

 
Retour en haut

14

Michèle-BRUN : Historienne médiéviste et historienne de l’Art

Commissaire d’expositions au Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice jusqu’en 2012-

 

      Le mariage par enlèvement, une tradition très fréquente en Provence au XIXe siècle

Pour l'écouter

 

Et si on parlait d’une forme de mariage traditionnelle en Provence et pourtant bien surprenante, le mariage par enlèvement ? Quand on dit cela, on imagine une scène dramatique, plus ou moins violente, où un homme masqué enlève une belle effarouchée sur un cheval fougueux. Il n’en est rien en fait.

FBV : mais alors qu’est-ce que c’est que ce mariage par enlèvement ?                                                          

Au XIXe siècle, et peut-être bien avant, lorsque les familles de jeunes gens amoureux n’étaient pas d’accord avec le mariage projeté, c’était souvent le seul moyen de les obliger à accepter .  L’un des deux jeunes devait enlever l’autre sur un cheval ou dans une voiture, après avoir annoncé l’événement aux voisins ou à quelques amis au préalable.     
Le scandale étant consommé, il fallait bien les marier ensuite. C’était d’ailleurs souvent la jeune fille qui annonçait ainsi son intention d’enlever son fiancé, ou de « s’enlever » elle-même, afin d’éviter pour lui une accusation hypothétique de viol.
Parfois, c’est pour une raison économique que la solution de l’enlèvement était choisie. Une noce est chose très onéreuse comme on le sait et les frais étaient réduits quand on précédait ainsi, car le mariage pouvait se fêter plus modestement.

FVB : est-ce que l’enlèvement remplaçait le mariage ?                                                                           
Nullement, il n’en était qu’une étape avant régularisation. Par trois fois, un « acte respectueux », en fait une demande officielle d’autorisation au mariage, était présentée aux parents réfractaires par un notaire et s’ils ne donnaient toujours pas leur accord au troisième communiqué légal, refus constaté par écrit, les jeunes pouvaient se passer de leur autorisation.  N’oublions pas que le Code Civil, en 1803 stipulait que « le fils qui n’a pas atteint 25 ans accomplis et la fille qui n’a pas 21 révolus ne peuvent contracter mariage sans le consentement de leurs parents ».

FVB : cette coutume est-elle spécifique à la Provence et a-t-elle encore cours aujourd’hui ?        
Probablement pas. On en retrouve traces en Sicile, en Corse, en Italie et on sait qu’elle a été très fréquente durant tout le XIXe siècle en Provence. Evidemment la guerre de 14-18 a considérablement changé les mentalités dans le sens d’une plus grande autonomie au mariage.

Cependant, on cite encore un cas d’enlèvement légal dans les Basses Alpes en 1943 et elle a sans doute été encore pratiquée jusqu’autour des années 50 selon nos sources.                                                                          
Mais peut-être les auditeurs ont-ils des exemples à donner ?

 

 
Retour en haut

15

Michèle_BRUN : Historienne médiéviste et historienne de l’Art

Commissaire d’expositions au Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice jusqu’en 2012-                                                                                                                                            

 La « femme qui pleure » à Ménerbes

Pas d'archive sonore à disposition

FBV : Nous sommes au milieu des années 1930, à Paris.

Dora Maar, d’origine croate, est belle, orageuse et très talentueuse. Photographe de talent, elle peint, parle plusieurs langues et fréquente le tout Paris de l’art. Au café des « deux magots », Paul Eluard lui présente Picasso. Il a 17 ans de plus qu’elle mais elle est immédiatement subjuguée. Leur liaison sera productive au plan de la créativité… mais tumultueuse aussi.

Picasso aime les femmes et ne se prive pas de prendre des chemins de traverse.

 Dora doit l’accepter ou partir. Elle est férocement jalouse. Pour lui, elle est « la femme qui pleure », et ce sera le titre d’un des portraits les plus célèbres de son œuvre.

FBV  Et maintenant nous sommes à Ménerbes, comment en viennent-ils à y séjourner ?

Picasso aime la chaleur et habitera à plusieurs reprises dans le sud que ce soit près d’Aix ou dans la région de Nice.

De plus, il a des amis en résidence dans les environs : André Lhote habite à l’Isle sur la Sorgue, Chagall à Gordes….

 Un ami lui aurait montré une image d’une très belle maison classique dans le haut du village de Ménerbes en le pressant de l’acheter. L’acquisition a lieu le 15 novembre 1944 et c’est Dora qui l’acquiert.

En fait, depuis quelques temps Picasso, est amoureux d’une toute jeune artiste, Françoise Gillot mais il reste très attaché à Dora et n’envisage pas encore de s’en séparer.

 Il aurait volontiers accepté un ménage à trois, mais ni Dora ni Françoise ne sont d’accord.

 Aussi, c’est plus ou moins en cadeau de rupture, qu’il donne une de ses natures-mortes à Dora et c’est le produit de sa vente qui permettra l’achat de la maison.

RBV : Que se passe-t-il ensuite ?

La rupture avec Picasso se conclut définitivement en 1946, mais ce sera le grand drame de la vie de et elle ne s’en  remettra jamais.

Dora Maar reviendra chaque année passer quelques mois dans cette maison symbolique où elle ne fera jamais de grandes rénovations.

 Jusqu’à son décès, en 1997, elle traînera périodiquement sa mélancolie et son chagrin dans les rues de Ménerbes.

 Quelques témoins se souviennent encore d’une dame un peu bizarre, avec un grand chapeau noir et des lunettes fumées.              (Henriette Théodora Markovitch 1907,1997)

 

 
Retour en haut

16

Michèle.BRUN : Historienne médiéviste et historienne de l’Art

Commissaire d’expositions au Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice jusqu’en 2012-

 

Le manuscrit de Remerville

Pour l'écouter

Le manuscrit de Remerville est un exemple de source historique incontestable.

Figurez-vous qu’un certain monsieur François de Remerville qui vivait à Apt dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, a écrit l’histoire complète de cette ville, de ses origines jusqu’à 1692.

Il est reconnu encore aujourd’hui comme l’un des historiens les plus fiables de cette histoire locale car il a eu à sa disposition beaucoup de documents originaux disparus aujourd’hui.

Son texte de 965 pages écrites à la main peut être consulté au service des archives municipales de la ville, mais il n’a jamais, à ce jour, été ni transcrit, ni imprimé. Il est assez difficile à lire pour les non spécialistes. 

Eh bien, Archipal a décidé de faire le travail de transcription, c'est-à-dire le mettre sous une forme accessible à tous.

FBV : Quelle est la difficulté de ce travail ? Et comment vous y êtes-vous y êtes pris ?

Le texte est de la main de son auteur et son écriture pose quelques problèmes de lecture.

Il faut avoir l’habitude des écritures anciennes et d’une façon de s’exprimer qui n’est plus la nôtre actuellement. Ce n’est pas vraiment du vieux français, mais l’orthographe est fantaisiste, on ne reconnaît pas facilement les mots.

Comme la ponctuation est rare, c’est le sens de la phrase qui est perturbé.

 L’absence de majuscules pour les noms de lieux et de personnes gêne, comme aussi la façon de les écrire. Ils sont par ailleurs formulés de façon différente d’une fois à l’autre, ce qui oblige à la vérification de tous les noms propres. Depuis 200 ans les noms de lieux ont parfois changé. Il faut les retrouver. C’est un travail précis et minutieux.

Heureusement au sein d’Archipal, nous avons des historiens compétents, des paléographes amateurs et confirmés pour qui le déchiffrage des écritures anciennes est une passion.

RBV : Et comment se partage-t on ce genre de travail ?

Nous avons un coordinateur qui s’est chargé de répartir un certain nombre de pages par transcripteur et qui rassemble et met en page le résultat.

 Ensuite chacun doit vérifier encore et encore pour qu’il y ait le moins d’erreurs possible.

RBV : Et donc nous pourrons bientôt lire l’histoire d’Apt racontée par un de nos ancêtres ?

Oui, rendez-vous en janvier 2018. Ainsi, même si vous n’êtes pas historien mais seulement un curieux, vous aurez accès à l’histoire d’Apt de ses origines jusqu’en 1692, composée par un érudit témoin d’une partie des événements racontés. C’est plutôt rare, non ?

 

 
Retour en haut

17     

Marc DUMAS : Poète provençal, écrivain de langue provençale et  française. Grand prix littéraire de Provence.

 

                        Le Luberon un lieu de présence humaine ancestral.

FBV : Depuis la préhistoire ?                                                                                                                 Oui,  la préhistoire  a placé le Luberon et les chercheurs aptésiens en précurseur des recherches dans ce domaine.                                                                                                                         La preuve en est, que la Sté Préhistorique de France a été créée en 1904 à Bonnieux par un instituteur, un ingénieur aptésien, et un notaire de Lourmarin.

Et on a la confirmation aujourd’hui que c’est un patrimoine exceptionnel qui avait été découvert mais qui malheureusement n’a pas été suffisamment protégé et étudié.

FBV : On fait un grand bond dans le temps et on parle des romains ?                              On va alors découvrir l’importance de la voie romaine qui passe à Apt  la via Domitia. Elle est  construite en 125  avant J.C. pour joindre Rome à l’Espagne actuelle par voie de terre.

Les 5 grandes voies romaines les plus anciennes ont été  a retrouvées gravées sur quatre gobelets de bronze argentés (datés de 45 av JC) qui ont été découverts dans le lac de Vicarello en Italie. Le tracé de la voie Domitia y est particulièrement intéressant parce qu’on y retrouve  des mentions de lieux et de  cités tous les 15km.

 Apt était une grande ville romaine qui pouvait rivaliser avec Orange ou Vaison-la-Romaine. Des fouilles récentes en attestent sans équivoque. Pourtant en dehors du fameux Pont-Julien, de tous les équipements urbains (forum, temple, théâtre et bains) il ne nous reste que des vestiges.

RBV : Et si on avançait dans le temps

 Ce sont ensuite les siècles troublés et obscurs de l’Antiquité Tardive, puis l’arrivée du christianisme. Dès le premier Concile de France à Arles en 314, la première communauté chrétienne d’Apt est déjà  présente. Cette voie domitienne va rester un axe majeur de circulation.

Après les généraux et consuls de Rome ce sont les grands personnages du Moyen âge avec: Dante, Pétrarque ou St François d’Assise qui vont l’emprunter,

Puis les papes, et des  hommes d’armes et de pouvoir passèrent à plusieurs reprises sur cette route, sans oublier les routiers brigands.

Mais, la voie Domitienne et Apt perdirent de leur importance après le rattachement de la Provence à la France, le pouvoir royal étant au nord. Avignon devenu chef-lieu et une autorité préfectorale centralisatrice favoriseront l’oubli du Pays d’Apt, c’est patent  quand on consulte les archives concernant les rapports préfectoraux.

 

 
Retour en haut

 

18

Serge TRUPHEMUS : Professeur d’Histoire, spécialiste de la guerre 1914/1918

La légion garibaldienne en Avignon : 1914-1915

         Le 5 novembre 1914, à Avignon, est officiellement créé le 4e régiment de marche de la Légion étrangère, sous l’impulsion de la famille Garibaldi.

Ce régiment est composé de Français d’origine italienne, d’Italiens résidants en France ou en Italie, tous recrutés en tant que volontaires étrangers - 6000 en tout dont seule, la moitié sera retenue.

Issus d’horizons sociaux, politiques et culturels différents, leurs motivations sont diverses. Beaucoup s’engagent par idéal politique, qu’ils soient libertaires, anarchistes, syndicalistes révolutionnaires ou républicains…

Toutefois, la majorité espère échapper à la faim et à la misère, éviter un rapatriement forcé ou une expulsion. Ils accompagnent leur enrôlement  d’une demande de naturalisation.

 

Comment a été perçu l’afflux de ces volontaires ?

L’afflux de volontaires italiens, provoque de nombreuses réserves.

L’Italie, qui a déclaré sa neutralité le 4 août, s’efforce de ne pas paraître s’engager.

En France, l’arrivée de ces « chemises rouges » révolutionnaires, fait craindre des effets indésirables dans la communauté Italienne.

Ajoutons le poids des préjugés xénophobes contre des Italiens caricaturés en voyous ou en anarchistes.

 

Comment sont accueillis ces légionnaires garibaldiens ?

Le 29 août 1914, la presse et la population avignonnaise font bon accueil aux volontaires, qui défilent « de la gare au Palais des Papes » sous les ovations de la foule.

Surnommée « légion garibaldienne », l’unité s’installe au palais des papes durant quatre mois.

Parmi ses sergents instructeurs, Édouard Daladier, le célèbre maire de Carpentras.

Mais un désamour nait rapidement entre Avignonnais et garibaldiens, que certains accusent de s’être engagés « pour la gamelle ».

Début mars 1915, le préfet de Vaucluse fait un constat amer et sans nuances : « Ce corps turbulent est composé de bons éléments en minorité, d’étrangers ne parlant pas bien le français, commandés par des officiers incompétents, sans autorité, beaux parleurs ou meneurs révolutionnaires... »

 

Comment s’achève l’aventure des garibaldiens ?

En Argonne, fin décembre 1914, la légion garibaldienne perd en vain ¼ de ses effectifs.

En mars 1915, les survivants quittent Avignon pour rejoindre l’Italie qui déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie le 23 mai 1915.

Leur départ se déroule dans l’indifférence générale.

Lazare Ponticelli, célèbre pour être le dernier poilu français de la Grande Guerre, était un de ces volontaires italiens.

Il n’avait pas 17 ans en août 1914, il avait triché sur son âge pour s’engager, il était l’un de ces garibaldiens...

 

 
Retour en haut

                                                                                                                            19

Françoise LAMOUR : Licenciée en histoire, passionnée d’histoire, guide de pays après une carrière dans la fonction publique.

 

Naître à Viens et devenir noble et célèbre…

 

Viens, vous connaissez ? C’est un tout petit village, proche d’Apt.

Il fut un point de départ pour des destins  étonnants

 

FBV : A quelle époque ?

Au milieu du XVIe siècle la famille Monier vit à Viens , ce sont de riches paysans  bien pourvus en terres, deux ou trois générations plus tard ,  ils sont devenus  «   bourgeois »,

L’un deux devient notaire royale, et désormais tous les fils ainés le seront aussi.

 

 

FBV : Et quelle est l’étape suivante ?

A la veille de la révolution tout change : sur les trois fils deux auront des destins étonnants, nous vous parlerons du dernier, Auguste.


Lorsque la révolution éclate Auguste  entre en clandestinité.

C’est un fougueux jeune  homme de 30 ans.

A la demande des princes réfugiés à l’étranger il lève une armée clandestine de plus de 30000 hommes dans tout le sud est de la France.

 

FBV C’est un chiffre impressionnant et quel était l’objectif à atteindre ?

Tout simplement  combattre les armées révolutionnaires et faire en Provence ce qui s’était  fait en Vendée avec Les Chouans.

 

FBV Mais cela ne s’est pas produit  pourquoi ?

Parce  qu’en août 1792 il fut trahi  par un indicateur de Danton, arrêté à La Mure en Isère et conduit à la conciergerie à Paris.

Pourquoi n’a-t-il pas été exécuté ?  C’est un mystère …

A sa libération 2 ans plus tard, il rejoint une nouvelle conjuration.

Et on va, ensuite le retrouver en Angleterre auprès des princes exilés, où il y devient capitaine du roi.

Puis aux Antilles à la Trinité, où il s’est installé comme planteur  et y devient Marquis de la Quarrée, ayant acquis ses lettres de noblesse pour services rendus à la couronne de France      

 

FBV Et que retient-on de cette histoire ?

Tout simplement  que des destins d’aventuriers  peuvent éclore  même dans des bourgs tranquilles.

Si vous visitez Viens ne ratez pas la maison de la famille Monier de la Carrée, elle s’y dresse toujours, fièrement