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CHRONIQUES D'ARCHIPAL et FRANCE BLEU VAUCLUSE

 

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diffusées en juillet et   août 2018,  les samedi et dimanche

Marc DUMAS la légende des cerises à naître

Michel WANNEROY   Le charivari à travers les siècles

Michel WANNEROY   L’inventeur de la trufficulture Joseph Talon

Michèle BRUN   La conjuration de Joucas ou la constance d’une épouse

Marc DUMAS   A Mirabeau combien de ponts ?

Jacques GADRAT   Jacques Bernard d’Anselme un Vauclusien inconnu

Serge TRUPHEMUS   Improbable rencontre aux archives

Françoise LAMOUR   Naître à Viens et devenir noble

Jacques GADRAT   La fermeture du plateau d’Albion à Apt, 20 ans déjà

Michel ROURE   La tour Philippe

Patrick DE MICHELE   La mort de Borysthène, cheval de l’empereur Adrien

Michèle BRUN   Le godelureau et la bergère

Serge TRUPHEMUS   La légion garibaldienne en Avignon

Sandra POEZEVARA   Une chapelle royale pour une maternité

Michel WANNEROY   Les loups, un conte fantastique au XIXe

Sandra POEZEVARA   Itinéraire de maquettes de bateaux du XVIIe s d’Apt à Versailles

Patrick DE MICHELE   Les premiers temps chrétiens en Vaucluse

Marc DUMAS   Philippe de Girard

Marc DUMAS   Le Luberon un lieu de présence humaine ancestrale

Michel WANNEROY   Le roi René et les Ferry

 

diffusées entre le 7 juillet et le 27 août 2017 les samedi et dimanche

8 juillet  -   Michel BOUILLET            La naissance du Vaucluse

9 juillet -    Patrick De MICHELE     La création d’Apta Julia

15 juillet -  Serge TRUPHEMUS      1914 Le mythe du pantalon rouge garance

16 juillet  - Jacques GADRAT          Les méridiennes en Provence

22 juillet –  Michel ROURE              La réutilisation des bâtiments religieux

23 juillet -   Françoise LAMOUR      Roger Bernard, mort pour la France

29 juillet -   Michel ROURE              Du couvent au fruit confit

30 juillet -   Marc DUMAS      Un hôpital d’avenir sous la bienveillance de Christophe  Colomb

5 août -      Serge TRUPHEMUS      L’affaire du 15e corps

6 août -      Michèle BRUN                Le voile de Ste Anne

12 août -    Jacques GADRAT          Les tremblements de terre en Vaucluse

13 août -    Michèle BRUN               L’histoire du  pastel de Ménerbes

19 août -    Jacques GADRAT          Les cuves vinaires rupestres en Vaucluse

20 août -    Michèle BRUN               Le mariage par enlèvement, une tradition très fréquente en Provence

26 août -     Michèle BRUN              «  La femme qui pleure » à Ménerbes

27 août -     Michèle BRUN              Le manuscrit de Remerville

Chroniques sans retransmission sur France Bleu Vaucluse

 Marc Dumas : Le Luberon un lieu de présence humaine ancestral.

Serge Truphémus/ La légion garibaldienne en Avignon : 1914-1915

Françoise Lamour: Naître à Viens et devenir noble et célèbre…

 

 

 

1

Michel BOUILLET : Docteur en Géographie. Président d’Archipal.             C:\Users\Colette Mercier\Documents\Parking\Blason 1.JPG

 

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La naissance du Vaucluse  

Pour l'écouter

Notre département de Vaucluse présente la particularité d’être né officiellement trois ans après les autres départements français.

FBV : Ah oui et pourquoi ? Expliquez-nous

Eh bien, il a été créé par décret de la Convention, à la suite du rattachement à la France d’Avignon et du Comtat Venaissin en 1791.

 Avignon est devenu un district des Bouches-du-Rhône, tandis que Carpentras a été intégré à la Drôme.

Afin d’aboutir à la constitution d’un département, le district d’Apt fut rattaché, ainsi que celui d’Orange détachés des Bouches-du-Rhône et de Sault détaché des Basses-Alpes (les actuelles Alpes de Haute-Provence).

C’est un département « standard » quoiqu’un peu plus petit que les autres, avec deux « grands » districts de près de 40.000 habitants chacun : Avignon et Carpentras                                    et deux « petits » Apt et Orange d’environ 20.000 habitants chacun.

FBV : On obtient ainsi un département qui ressemble aux autres départements déjà créés ?

Oui et non.

Oui, si l’on regarde les données démographiques et administratives : le nouveau département de Vaucluse se devait d’être conforme au modèle républicain unificateur.

Non, si on regarde la géographie.

Le Vaucluse rassemble une partie de la vallée du Rhône et les plaines comtadines, puis les hauteurs du Ventoux et du plateau de Sault.

Enfin, on trouve au sud-est, les vallées du Calavon et de la Durance, séparées par le Grand Luberon qui perd sa qualité de limite administrative entre le Comtat et les Bouches-du-Rhône au profit de la Durance.

FBV : Et sur le plan historique ?

Sur le plan historique, la disparité est lisible sur le blason du Vaucluse. Il est divisé en quatre quartiers : le Comtat est représenté par les deux clefs de saint Pierre, la Provence par la fleur de lys, Orange par le cornet des princes des Baux et Avignon par les trois clefs du Pape.

FBV : Et vous pouvez nous en dire plus sur ces différentes origines ?

Pays provençaux, le comté de Sault, les pays d’Apt et d’Aigues, avec le Luberon et la petite principauté de Mondragon ont été acquis par la France en 1492.

La principauté d’Orange est passée de la famille des Baux à celle de Nassau, famille du stathouder de Hollande, d’où, encore aujourd’hui, la couleur orange du maillot de l’équipe néerlandaise de football ! En 1704, elle a été cédée à la famille de Conti qui, l’a rattachée à la France en 1713, au traité d’Utrecht.

Enfin, en 1791, les États du Pape, fondés en 1348, sont  joints à la France après bien des péripéties.  

L’unité du Vaucluse est donc essentiellement administrative.

 

 

 
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Patrick DE MICHELE  Docteur en Archéologie, attaché au Service d’Archéologie du    Conseil Départemental du Vaucluse     

 

La création d’Apta julia

Pour l'écouter

 

FBV-Vous allez nous parler d’Apta Julia ? C’est Apt  non ?

Oui c’est son nom romain.

Elle  est probablement fondée entre 45 et 30 av JC.

FBV-La voie Domitienne, c’est le nom de la voie romaine ?

- Oui c’est une des plus anciennes de la Gaule.

Elle reprend le tracé de pistes protohistoriques. Elle s’appelle alors la voie héracléenne, parce que  selon la légende Héraclès appelé aussi  Hercule l’a empruntée pour ramener d’Espagne  ramené les bœufs du géant Géryon …

En fait c’est l’utilisation militaire, et stratégique, de la voie qui va dominer

Hannibal général carthaginois partant d’Espagne pour marcher sur Rome va la suivre ainsi que son frère Hasdrubal

Ce sont finalement  les romains qui vont lui donner le nom d’un général romain et l’appeler la voie Domitia ou Domitienne.

Elle devait assurer la circulation des garnisons protégeant les cités devenues romaines entre Rome et l’Espagne.

Itinéraire des victoire de Jules César sur les gaulois, elle sera par la suite la route des invasions barbares .

RBV- Et comment était Apt au temps des romains ?

L’actuelle  rue des Marchands artère principale d’Apt était aussi l’artère principale de la ville romaine : le  decumanus maximus antique (orienté est ouest). Elle était encadrée de constructions monumentales.

Au nord de la rue des marchands et de la cathédrale s’élevait le théâtre, une construction importante puisqu’il pouvait accueillir jusqu’à 6000 spectateurs.

On vient d’en retrouver  les vestiges, enfouis à  4 et 5m de profondeur  lors de travaux de réfection de la place Carnot, ils font suite à ceux déjà été retrouvés dans les caves des immeubles environnants.

Lorsque nous marchons dans les rues d’Apt nous sommes au premier étage des constructions antiques.

RBV- Mais alors y a t-il une ville bâtie sur une autre ?

 Effectivement nous pouvons dire que ces traces se superposent les unes aux autres, dans un véritable patchwork architectural.

On peut dire que l’architecture moderne a pour colonne vertébrale l’architecture antique.

RBV - C’est Patrick DEMICHELE  l’archéologue découvreur de ces vestiges ?

Oui et il nous dit : « … les visiteurs que j’ai souvent guidés dans les caves du centre-ville, ne marchaient plus de la même manière après avoir visualisé les trésors de cet urbanisme antique; comme si, une fois retournés à la surface des temps modernes, leur notion d’équilibre, leur perception de la réalité avait été pour ainsi dire reconditionnées ou mieux, reprogrammées. »

 

                                                                                                                                  

 

 
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Serge TRUPHEMUS : Professeur d’Histoire, spécialiste de la guerre 1914/1918               

 

Août 1914 : Le mythe du pantalon rouge garance

 

Pour l'écouter

 

FBV : Quel est le lien entre la garance et les pantalons rouges. 

Oui, la garance est une plante tinctoriale cultivée dans le Vaucluse dès le 18es utilisée dans l’industrie textile pour teindre notamment les uniformes militaires en rouge.

Au 19e s, la garance a contribué à la prospérité d’une partie du département, mais cette culture lucrative a disparu vers 1885, à cause de la concurrence d’un colorant chimique : l’alizarine.

En août 1914, c’est revêtus d’un pantalon rouge garance comme en 1870, que les soldats français sont jetés contre les mitrailleuses allemandes et subissent leurs premières hécatombes. C’est là l’origine d’une confusion, d’un mythe tenace, que l’on peut résumer ainsi : C’est à cause des paysans du Midi,  que l’on aurait  conservé le pantalon rouge.

 Pourtant, on ne produit plus de garance depuis 1885, soit 30 ans avant le début du conflit. En 1914 les pantalons rouge garance étaient teints avec de l’alizarine.

Le plus scandaleux, scandale par ailleurs dénoncé avant-guerre, c’est que l’alizarine chimique était principalement acheté à des firmes... allemandes, comme BASF.

 FBV: Si ce n’est pour sauver les producteurs de garance, pour quelles raisons l’armée française a t-elle conservé le pantalon rouge ?

L’état-major, conscient du problème, avait testé des tenues « moins voyante » comme le disait Joffre. Mais, contrairement aux autres belligérants, la France a tardé à modifier cette couleur anachronique.

 Et ce, pour trois raisons principales :

-  Économiquement, tout d’abord, du fait du coût induit par un changement d’uniforme.

-  Esthétiquement, ensuite, les tests de couleur moutarde ou réséda, qualifiée de “caca d’oie”, n’ont convaincues ni l’armée, ni la presse, ni l’opinion publique. Enfin, par respect des traditions. Le général Etienne, ancien ministre de la Guerre, se serait écrié : « Supprimer le pantalon rouge ? Non ! Le pantalon rouge, c’est la France. » 

 QUESTION : Comment ce mythe a-t-il-pu prospérer jusqu’à nos jours ?

En 1919 pouvait-on avouer cette vérité ?

Il était probablement plus opportun de laisser accuser les paysans du Midi.

Le plus fou, c’est qu’aujourd’hui ce mythe tenace perdure toujours, entretenu par de nombreux auteurs, y compris méridionaux, qui s’inspirent les uns des autres.

Répétons-le, les paysans vauclusiens n’ont rien à voir avec le pantalon rouge de 1914...

 

 
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       4                                                                                                                            

Jacques GADRAT : intéressé par l’histoire, les vieilles pierres et l’astronomie

Les méridiennes en Provence…

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FBV- C’est ce que nous allons découvrir aujourd’hui

L’omniprésence du soleil en Provence a favorisé la multiplication des cadrans solaires de toutes formes et de toutes tailles.

Apt présente l’originalité d’en posséder deux très particuliers.

On les appelle les méridiennes du temps moyen.

FBV- Pourquoi deux types de marqueurs horaires ?

 Le cadran solaire classique indique l’heure solaire, tout au long de l’année s’il est bien orienté mais celle-ci n’est juste que quatre jours par an.

 La méridienne du temps moyen  nous donne l’heure exacte tous les jours mais seulement à midi.

FBV-En somme ils indiquent des heures approximatives, avec des moments d’exactitude différentes ? 

 Effectivement mais l’heure solaire c’est celle qui permettait  de travailler aux champs, ce n’est pas l’heure officielle celle qui permet d’attraper le TGV

FBV- Et comment lire l’heure ?

On connaît bien la forme du cadran solaire classique  avec sa  barre de métal inclinée, qu’on appelle gnomon.

Sur la paroi verticale partant de la base du gnomon, sont tracés des rayons, qui  indiquent les heures,

La méridienne, elle, se présente sous la forme d’un huit allongé avec au dessus le gnomon, et sur ce huit apparaissent des mois et non des heures.

FBV- Et alors là comment se  lit l’heure ?

Je vous explique : quand la pointe de l’ombre du gnomon vient toucher le huit du mois de référence, il est midi, ce n’est pas plus compliqué.

Et seuls quatre jours font midi au sud : Les 15 avril, 13 juin, 1° septembre et 25 décembre.

Le jour le plus court de l’année est le 12 septembre il ne dure que: 23h 55mn 39sec

L’écart maximal de temps qui nous sépare de l’heure de midi par rapport au sud c’est le : 3 novembre  et la différence est de 16 mn 26s

FBV-Pourquoi ces inexactitudes ?

La terre fait un tour sur elle-même en 23h 56mn 4s

Le temps qui manque à la terre pour revenir face au soleil à midi est donc variable dans une année, d’où les décalages journaliers, et les imprécisions des cadrans solaires.

Seules quatre périodes font exactement vingt quatre heures :

- Les 11 février, 14 mai, 25 au 28 juillet et4 novembre

Aujourd’hui les cadrans solaires et méridiennes font partie de notre paysage mais ils  sont plus esthétiques qu’utilitaires. Pourtant ils montrent l’étendue des connaissances en astronomie au  19e siècle

FBV-Existe-il d’autres méridiennes en Vaucluse ?                     Je n’en ai pas trouvé mais je n’ai pas cherché partout. Les auditeurs pourront peut être, apporter leur pierre à cet édifice.

 

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5

Michel ROURE : Ingénieur en retraite, chercheur amateur en histoire religieuse d’Apt aux XVIIIe et XIXe siècle.

 

La réutilisation des bâtiments religieux

Pour l'écouter

 

FBV : Vous allez nous parler aujourd'hui de bâtiments publics de Vaucluse qui ont été des édifices religieux dans le passé ?

 Oui et plus précisément de la seconde vie de certains édifices religieux.

Les bâtiments ont une vie. Certains disparaissent et sont détruits après avoir rempli leur fonction. D'autres, changent d'identité pour vivre une seconde vie.

 

Dans le Vaucluse, c'est le cas de 3 bâtisses qui ont en commun d'avoir été autrefois le palais de l’évêque. Je veux parler de la mairie sous-préfecture d'Apt, du tribunal de Carpentras et du musée du Petit-Palais en Avignon.

 

Avant la création du département, donc avant la Révolution, Apt, Avignon, Carpentras, Cavaillon et Vaison étaient des sièges de diocèse.

Ces 5 villes avaient chacune une cathédrale et donc un évêque qui y siégeait.

 

FBV : Toutes ces villes ont conservé un palais épiscopal ?

Quelques-unes seulement l'ont conservé. Jusqu'à la Révolution, toutes les 5 ont eu leur palais épiscopal.

Mais en 1801, il a été décidé, en commun accord entre la France et le pape, de limiter le nombre de diocèses à un seul par département.

Le diocèse de Vaucluse eut dès lors son siège en Avignon.

 

Par contre Apt, Carpentras, Cavaillon et Vaison perdirent leur évêque et donc n’eurent plus besoin de leur palais.

Le palais épiscopal de Cavaillon fut vendu à la Révolution, et détruit par la suite, mais ceux d'Apt et Carpentras ont été réutilisés.

Celui d'Apt, construit sur les plans de l'architecte avignonnais Jean-Pierre Franque, abrite de nos jours la mairie et la sous-préfecture.

Celui de Carpentras, lui, dessiné par François Royers de la Valfenière, autre architecte avignonnais, est aujourd'hui le siège du palais de justice.

 

Enfin en Avignon, les archevêques ayant changé de résidence, l'ancien palais épiscopal est devenu le musée du Petit Palais. On   peut actuellement y admirer des collections de peinture du XIIIe au XVIe siècle.

Il s’appelle le Petit Palais du fait de sa proximité avec son grand voisin, le Palais des papes. 

 

FBV : D'autres édifices religieux ont aussi une seconde vie ?

Oui, bien d'autres bâtiments autrefois religieux, ont la chance de vivre cette seconde vie.

A Apt, par exemple, l'ancien séminaire est aujourd'hui l'école maternelle, Les Romarins.

En Avignon, la chapelle du collège des Jésuites est devenue le musée lapidaire.

Ces quelques cas montrent la capacité des édifices à s'adapter. Les bâtiments modernes que nous construisons auront peut-être, un jour, une seconde vie.

 

 
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6

Françoise LAMOUR : Licenciée en histoire, passionnée d’histoire, guide de pays après une carrière dans la fonction publique.

                             Roger Bernard mort pour la France

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Chaque année en juin une commémoration a lieu  au pied d’une stèle dressée au bord d’une route de Vaucluse, elle rassemble des associations de résistants et la population locale en mémoire de Roger Bernard

FBV : Que s’est-il passé ?                                                                                                  
Nous sommes le 22 juin 1944 sur la petite route qui relie la N100 au village  d Oppedette. Un camion allemand s’arrête  près de la gare de Viens. On en fait descendre un jeune homme, on lui dit de partir et on lui tire dans le dos.Il s’effondre au pied d’un vieux mûrier où son corps restera pendant plusieurs jours, les nazis interdisant qu’on lui donne une sépulture

FBV : qui était-il ?

Il s’appelait Roger Bernard,  il avait 23  ans était marié et père d’un petit garçon de 2 mois prénommé Alain. Il était poète et imprimeur et Pertuisien..                                                                                                                         

FBV : Et pourquoi  était il là ?                                                                                                                           Comme tous les jeunes gens de son âge il avait fui le STO . Il avait rejoint le réseau « ALEXANDRE » à Céreste où il assurait depuis 15 jours la liaison entre René Char et les deux radios installées à Viens au  lieu dit Flaqueirol.              
Ces deux  hommes Marcel Chaumien et Jean Soupiron, étaient là pour préparer le débarquement de Provence.

 Ils  assuraient également l’émission de messages pour la SAP (section d atterrissage et de parachutage d’Apt) et pour le réseau Alexandre.

  FBV : Et quelle était la mission ce jour là ?                                                                                          
Ce  jour là Roger est parti de Flaqueirol avec un message important pour « Alexandre ».   A l’entrée de Céreste il est pris dans une rafle, mais réussit à détruire le message dont il est porteur.  Cette rafle a été mise en place par la sinistre division brandebourg..                                                                                                                                        

FBV : La division brandebourg qui est –elle ?                                                                                             
Une division de l’armée allemande composée uniquement de français d’extrême droite pro-nazis  et de voyous de la pire espèce. Ils étaient basés à Pont Saint Esprit. Leur  mission était l’infiltration des réseaux de résistants et leur destruction. Ils étaient d’une violence extrême, ils ont semé la mort dans le Gard et le Vaucluse

Revenons à Céreste le 22 juin 1944 :                                                                                                                        
 Les miliciens remarquent très vite que Roger porte des chaussures anglaises neuves, elles proviennent d’un parachutage effectué à Lagarde. Cela alerte leur méfiance. Qui plus est, on trouve dans son sac a  dos un étui de revolver. Il le portait à recoudre chez le
cordonnier.                                                                                                             

Il est conduit à la gendarmerie pour y être interrogé par les miliciens. Il ne parle pas. En milieu d après midi, les miliciens le font monter dans un camion et on connait  la suite…   

 

 
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7

Michel ROURE : Ingénieur en retraite, chercheur amateur en histoire religieuse d’Apt aux XVIIIe et XIXe siècle.

 

Du couvent au fruit confit

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FBV: Le Vaucluse est un département gourmand.

On peut y savourer entre autres les papalines, à la liqueur d'origan, souvenirs des papes en Avignon.

Les berlingots de Carpentras, bonbons translucides au sirop de fruits confits, le nougat de Sault ou les fruits confits d'Apt.

FBV : Apt « Capitale mondiale des fruits confits » oui ou non ?

Oui, c’est bien la capitale du fruit confit.

La production a commencé au début du XIXe siècle dans des fabriques artisanales qui confisaient toutes les variétés de fruits de la région : cerises, abricots, figues, prunes, poires.

A partir du milieu du XIXe siècle, l’exportation massive de cerises confites pour les cakes du marché anglais a provoqué une augmentation de la quantité produite.

Ces fabriques de fruits confits, sont donc, devenues industrielles.

 Elles eurent alors besoin de grands locaux, situés en ville :

-Grands, pour pouvoir stocker les quantités de fruits récoltées et en attente de confisage.

-Et en ville pour permettre aux femmes d’équeuter et de dénoyauter les cerises chez elles.

FBV : On avait besoin de grands bâtiments, donc on a construit des usines ?

D'anciens édifices religieux étaient disponibles, en particulier d'anciens couvents, on allait les utiliser, ou s’installer sur leur terrain. Apt en a possédé jusqu'à 8 simultanément.

Deux frères, ouvriers confiseurs chez le même patron, décidèrent de s’installer à leur compte et de créer leurs usines.

L’un acheta l’ancien couvent de la Visitation, l’autre l’ancienne abbaye Sainte- Croix.

Dans le jardin de l’ancien hôpital Saint-Castor, un confiseur fit construire son usine.

Enfin, dans le jardin de l'évêché, un autre lieu religieux, une usine de chocolat s’installa puis devint une fabrique de fruits confits après son rachat par deux confiseurs associés.

Au total la ville compta jusqu'à 12 fabriques de fruits confits simultanément.

FBV : Et on fabrique encore des fruits confits et du chocolat à Apt ?

Bien sûr...

Des artisans-confiseurs installés en ville y produisent des fruits confits qu’ils commercialisent dans leurs boutiques. Certains sont confiseurs-chocolatiers.

A l'entrée ouest de la ville à proximité de la route d'Avignon, deux confiseries industrielles modernes sont visibles.

Si vous passez par Apt, cédez à la gourmandise et arrêtez-vous pour goûter quelques fruits confits et chocolats, héritiers du passé aptésien.

 

 
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8

Marc DUMAS : Poète provençal, écrivain de langue provençale et  française. Grand prix littéraire de Provence.

                            Un hôpital d’Avenir sous la bienveillance de Christophe Colomb.

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FBV : Vous allez nous parler de l’hôpital d’Apt et de Christophe Colomb. Il est venu s’y faire soigner ?                                                                                                                     
 Attendez,  il faut d’abord que je vous conte la longue histoire des services hospitaliers d’Apt et de son pays.         
Dès le début du XIV° siècle un accueil de soins y est  réservé aux pauvres. Les classes les plus aisées se font soigner à domicile par des barbiers-chirurgiens ou des médecins, ceux qui seront  fort bien décrits par Molière.                 
Les bâtiments destinés à l’office d’hôpital vont souvent changer d’emplacement, et ces évolutions seront fréquemment prétexte à conflits entre le pouvoir ecclésiastique du Chapitre c’est à dire le pouvoir religieux et les
municipalités.         
En tout cas c’est grâce à de constants et généraux donateurs que des progrès sont
enregistrés.                          
A  partir du XIXe le 2e hôpital St.Castor, bel édifice de style XVIIIe, est regroupé avec l’Hospice de la Charité après des travaux. C’est aujourd’hui le Conservatoire de Musique.

FBV : Et Christophe Colomb ?

On y vient… Les élus, voulant honorer et entretenir la mémoire d’un des mécènes décidèrent de le statufier et de poser une sculpture sur le fronton de la façade de l’hôpital St Castor. Mais soucieux des deniers publics, ils trouvèrent que le prix du sculpteur était bien trop élevé. Ils décidèrent alors d’aller chercher un sosie du sieur Jouffoy, on suppose que c’était lui , parmi le stock de statues de quelque antiquaire de Marseille. Le prix et la qualité d’une création inconnue leur parut acceptable, ils en firent l’acquisition.

On ne sait plus s’ils devaient apprendre plus tard qui était représenté sur cette œuvre de pierre… ou s’ils l’avaient appris dès le moment de l’achat !  Les aptésiens eux, l’on découvert quelques années après et ce fut une bien belle découverte car il s’agissait de Christophe Colomb lui-même, qui après avoir découvert ce que l’on sait, n’entend plus les plaintes des malades mais les symphonies d’un Nouveau Monde…puisque le bâtiment abrite maintenant l’école de musique ainsi qu’il a été dit.                                                         

L’hôpital étant aujourd’hui menacé par la fermeture de sa maternité, un Comité de Patronage s’est mobilisé pour un grand projet de rénovation. Il fait appel aux dons. Comme par le passé ce sont de généreux donateurs qui permettront à Apt d’avoir son hôpital d’avenir.

FBV : ET la statue de qui ira- t-on chercher pour les honorer ?                                                   
Je vous le dirai dans une autre époque…      

 

 
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9

Serge TRUPHEMUS : Professeur d’Histoire, spécialiste de la guerre 1914/1918

L’Affaire du 15e corps de Marseille

Pas d'archive sonore à disposition

 

Peu après la défaite de Dieuze, en Lorraine annexée, le 24 août 1914 un article du journal Le Matin incrimine les soldats provençaux du 15ème corps, en ces termes :

« Surprises sans doute par les effets terrifiants de la bataille, les troupes de l’aimable Provence ont été prises d’un subit affolement. »

C’est ainsi qu’éclate « l’affaire du 15ème corps » de Marseille, qui scelle la réputation des Provençaux durant la Grande Guerre.

L’étude chronologique des faits, les recoupements de témoignages, infirment aujourd’hui une telle accusation.

Néanmoins, le mal est fait, les Provençaux seront réputés être de piètres soldats et donc de mauvais patriotes.

 

FBV : Qui est à l’origine de cet article accusateur ?

Le doute persiste. Le signataire de l’article, le sénateur de la Seine Auguste Gervais, affirmera : « Je l’ai signé, mais je ne l’ai pas écrit. »

Adolphe Messimy - ministre de la guerre -, inspirateur et/ou commanditaire de l’article, démissionnera suite au tollé soulevé par l’affaire.

Mais, de qui, Gervais et Messimy tenaient-ils leurs informations ?

Observons que   qui Gervais et Messimy tenaient leurs informations ?ris. our l'ire que civile.ontre la propagation des foyers de contagion"e, RamRel’affairel’affaire du 15e corps a opportunément occulté les responsabilités de Joffre - et de son Etat-Major -, qui incriminait et limogeait les exécutants alors que la défaite était générale.

Début septembre, les Allemands seront sur La Marne, aux portes de Paris.

 FBV : Quelles sont les conséquences de cette affaire ?

Révélatrice de préjugés régionaux, l’affaire se traduit bientôt par une stigmatisation de tous les Méridionaux. On dira : « De Nice à Bordeaux, tous pourris ! ».

 Louis Tissier, député de Vaucluse, livre en outre un rapport édifiant début 1915 :

— Il y relate l’hostilité d’officiers qui refusent de commander des unités du 15e corps...

— Il y déplore des injures et des humiliations, comme : « Vous n’êtes bons qu’à recevoir des balles dans le cul ! »

— Il y dénonce des actes d’inhumanité de médecins qui refusent de soigner des blessés originaires du Midi !

 FBV : L’opinion publique ne s’en est-elle pas émue ?

Des journaux locaux et des personnalités, comme Jules Belleudy ancien préfet de Vaucluse, tenteront en vain de défendre les Provençaux du 15e corps.

Mais comment lutter contre des préjugés anciens et tenaces ? L’opinion gonflée de patriotisme et acquise à ces préjugés était convaincue d’avance.

En définitive, pour expliquer une défaite incompréhensible, le soldat provençal était le « bouc émissaire » idéal, ainsi qu’était idéale « l’affaire du 15e corps » de Marseille.

 

 
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10

Michèle BRUN : Historienne médiéviste et historienne de l’Art

Commissaire d’expositions au Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice jusqu’en 2012-

Le voile de Sainte Anne

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Il existe un objet très particulier dans le trésor de la cathédrale Sainte Anne, ici à Apt : une très belle pièce de tissu de lin fin de 310 cm sur 152, brodée de soie et d’or, enrichi de bandes de tapisserie en son centre et à ses extrémités.

On l’a dénommé « voile de Sainte Anne » depuis plusieurs siècles.

 

FBV : Quelle vérité se cache derrière ce terme mystérieux ?

Il aurait enveloppé les reliques de sainte Anne, la grand-mère du Christ et de fait, il a été vénéré durant plusieurs siècles.

 On ignore quand exactement et dans quelles circonstances cette étoffe merveilleuse, voire miraculeuse, est parvenue à Apt, mais il semble que cela se soit produit après la fin de la première croisade, soit après 1099.

 L’enthousiasme et la ferveur des croisés avaient été extraordinaires au point d’entraîner outre-mer bien des membres des familles nobles provençales.

On cite le seigneur d’Apt Rambaud de Simiane, Guillaume de Sabran et Isoard l’évêque d’Apt. Il est possible que le tissu précieux ait été rapporté par Isoard lui-même mais les chroniques sont-elles fiables à cet égard ?

FBV : Qu’est-il devenu au fil des siècles ?

Après son arrivée à Apt, on a pris l’habitude de le conserver dans un récipient de verre afin de le protéger des intempéries, de la poussière, de l’humidité et de ce fait on ne le sortait qu’au moment des grandes fêtes en l’honneur de sainte Anne.

En 1851 seulement, l’orientaliste Etienne Marc Quatremère achève enfin, de déchiffrer les inscriptions figurant dans les broderies de l’étoffe et où figurent des caractères arabes coufiques.

En 1934, on en termine l’identification détaillée :  il s’agit en réalité d’un manteau arabe de grand luxe, tissé en Egypte fatimide, dans un atelier royal de Damiette, et sans doute destiné au calife Must’ali.                                        
Une inscription donne même la date du tissage : 1096/1097.  On peut considérer ce vêtement comme une de ces robes d’honneur raffinées, destinées à être remises en cadeau à ses favoris par le calife.

A l’heure actuelle, on peut l’admirer dans la salle du trésor de la cathédrale, conservé sous verre.                                                                                                                                                                             
 Il est arrivé que la ville d’Apt le prête pour des expositions importantes car il s’agit d’un des très rares objets authentiques datant de la première croisade. 

 

 
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Jacques GADRAT: Intéressé par l’histoire, les vieilles pierres et l’astronomie

d’après un texte d’Anne VALLON paru dans la revue ARCHIPAL

 Les tremblements de terre en Vaucluse

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FBV- Tremblement de terre : c’est un risque qui effraie beaucoup. Qu’en est il en Vaucluse ?

Tout le monde, ou presque, a entendu parler du tremblement de terre de 1909 . En Provence on a déploré 46 morts et plus de 2000 bâtiments détruits.

 Lambesc , Rognes, St Cannat, Vernègues ont été particulièrement touchés.

En Vaucluse il n’a fait que quelques dégâts matériels .

A Avignon le clocher de l’église des Carmes a bougé, il est resté penché depuis.

A Bonnieux des maisons ont été fissurées.

Pertuis a subit des dégâts plus importants, mais partout la panique a été grande.

 FBV- Je sais que l’échelle de Richter ne sera établie qu’en 1935, mais compte tenu des dégâts observés,  est-ce qu’on a pu l’évaluer approximativement ?

Il se situait à 6,5 sur l’échelle de Mercalli , utilisée à cette date qui comptait 12 degrés.

 FBV- On est donc sur une faille sismique ? Laquelle ?

La cause de ce phénomène est due à la présence de la faille du Val de Durance.

C’est une des régions de France les plus exposées aux risques.

Cela est dû aux mouvements des plaques continentales avec un raccourcissement nord-sud combiné à une élongation est-ouest.

 FBV- Et c’est le seul tremblement de terre qui a eu lieu en Provence ?

Non, on en connaît d’autres dans un passé récent, à l’échelle géologique.

Trois  ont eu lieu au XVIIIe siècle : à  Cavaillon en 1731, Carpentras en 1738 et Ménerbes en 1763

Et un autre au XIXe à l’Isle sur Sorgue en 1863.

 FBV- Le XXIe siècle est préservé ?

De nos jours, Avignon, située sur la faille dite de Tarascon, enregistre environ 150 mini secousses par an.

Elles sont d’une intensité inférieure à 2 sur l’échelle de Richter, indétectables par les Vauclusiens que nous sommes mais pas par les sismographes.

En Vaucluse, les cantons d’Apt, Bonnieux, Cadenet et Pertuis, sont classés en zone de faible risque.  Néanmoins des  normes de construction antisismiques sont exigées dans ces cantons.

 En conclusion il existe un risque en Vaucluse, c’est une épée de Damoclès, elle n’est pas sur nos têtes mais bel et bien sous nos pieds, ne l’oublions pas.

 

 
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Michèle BRUN : Historienne médiéviste et historienne de l’Art

Commissaire d’expositions au Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice jusqu’en 2012-

 

L’histoire du pastel de Ménerbes

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Le docteur Laffont nous raconte au tout début du XXe siècle.

Un jour qu’il faisait ses visites à Ménerbes comme à son habitude, un certain docteur Laffont soigne une très vieille dame, plutôt démunie.

Au moment de son départ, elle lui montre un portrait au pastel très ancien et fort joli d’une très jeune fille en lui disant qu’à son décès, son frère le lui porterait en règlement de ses bons soins. Soit. Les choses se passent ainsi quelques mois plus tard.

En retournant le tableau, il peut y lire : « Eléonore Pulchérie des Laurents ».

Curieux, le médecin fait quelques recherches chez le notaire de Ménerbes et effectivement, il tombe sur le testament autographe de Balthazard des Laurents daté de 1779 et de la même main que la dédicace du tableau.

Dans un autre document, la jeune fille est dénommée Princesse de Tingry.

RVB : Cette princesse a-t-elle vraiment existé ?

Tout à fait. Le 18 mars 1745, à Avignon, dame Claudia Magdeleine de Ferraud d’Avernes met au monde une petite fille, à la joie de son mari, Balthazard des Laurents. Las, quelques mois après, la jeune mère décède à 26 ans, laissant un veuf inconsolable et un bébé de 10 mois.

L’éducation d’Eléonore se déroule à Paris principalement. Il est probable que le fameux portrait, un pastel sur parchemin, était un cadeau destiné à son père.

Eléonore fréquente le meilleur monde parisien, et choisit son mari dans la famille prestigieuse des Montmorency, princes de Tingry d’où le nom de princesse de Tingry. Cependant on sait qu’elle ne viendra jamais dans la maison de Ménerbes que son père a fait construire en 1781.

RVB : Mais qui occupe la maison de Ménerbes ? est-elle abandonnée ?

Au décès de son père, Eleonore-Pulchérie vend ses propriétés avignonnaises et fait transporter dans la maison de Ménerbes, meubles et objets, d’où la présence du fameux portrait.

Un personnage d’une certaine renommée, le comte de Dantzau, un noble danois, très riche, la contacte car il souhaite occuper la maison.

Aucun acte ne mentionnera de location ou de vente de cette maison. Cependant, on sait par les témoins d’époque que le comte de Dantzau y a mené joyeuse vie.

Au décès de Dantzau en 1789, la maison est occupée par le notaire du comte puis par sa famille, jusqu’à ce que de mauvaises affaires en ruines successives, le bien soit saisi.  A partir de là, la maison et son contenu seront systématiquement pillés. On n’en retrouvera et encore fortuitement que le portrait entre les mains du docteur Laffont.

(L’hôtel de Tingry,  rue Cornille, 84560, classé monument historique . 4ème quart du XVIIe]

 

 
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Jacques-GADRAT : intéressé par l’histoire, les vieilles pierres et l’astronomie.

d’après un texte de Michel BOUVIER paru dans la revue ARCHIPAL

 

Les cuves vinaires rupestres en Vaucluse

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Le département de Vaucluse est éminemment agricole.

On y cultive la vigne sur de grands domaines et sont présents un grand nombre d’établissements viticoles.

Ce sont, des caves coopératives ou des caves particulières, mais il n’en a pas toujours été ainsi.

Dans un espace situé entre Venasque et Buoux on peut trouver une cinquantaine de cuves à vin, rupestres.

 FBV : Rupestres ? Ce qui signifie ?

Qui a un rapport avec la roche, le rocher…

Eh donc les cuves dont nous parlons sont taillées à la main dans du calcaire facile à travailler et durcissant à l’air.

 Elles sont de forme généralement circulaire d’une profondeur n’excédant pas deux mètres et d’un diamètre de l’ordre d’un mètre cinquante environ.

Elles sont toutes accompagnées d’un  fouloir .

 Il est, soit  juxtaposé à la cuve, soit  posé au-dessus en fonction du produit final à obtenir, vin rouge ou vin blanc.

Chaque cuve possède son dispositif de soutirage.

C’est leur emplacement qui  surprend, car elles sont situées sur des plateaux calcaires d’où la vigne est absente.

 FBV : Et pourquoi ces cuves vinaires sans vigne à proximité?

C’est dans la climatologie des siècles antérieurs que l’on trouve l’explication.

Grâce à l’analyse des pollens, on  sait que des périodes au cours des siècles ont été plus ou moins favorables à l’agriculture, et notamment à la culture de la vigne.

 Du Ve au  VIIIe siècle, du  XIIe au XIII siécle et du  XVIe au XIXe siècle, il faisait plus froid que de nos jours, et  les plateaux calcaires étaient donc plus humides, et  donc cultivables.

Pour illustrer la différence de pluviométrie et sur le plan anecdotique on peut citer la procession des limaces vers 1300 pour arrêter la pluie. D’ailleurs en pays Niçois elle existe toujours.

 On peut penser que la vigne était présente à ces endroits d’où la nécessité des cuves pour recevoir le vin.

La sècheresse revenant, ces cultures ont disparu pour rejoindre des lieux plus favorables, où on peut les retrouver de nos jours.

Aujourd’hui, trouver ces cuves rupestres n’est pas chose facile car elles sont cachées dans les bois, les broussailles et comblées par la terre végétale.

 

 

 
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Michèle-BRUN : Historienne médiéviste et historienne de l’Art

Commissaire d’expositions au Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice jusqu’en 2012-

 

      Le mariage par enlèvement, une tradition très fréquente en Provence au XIXe siècle

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Et si on parlait d’une forme de mariage traditionnelle en Provence et pourtant bien surprenante, le mariage par enlèvement ? Quand on dit cela, on imagine une scène dramatique, plus ou moins violente, où un homme masqué enlève une belle effarouchée sur un cheval fougueux. Il n’en est rien en fait.

FBV : mais alors qu’est-ce que c’est que ce mariage par enlèvement ?                                                          

Au XIXe siècle, et peut-être bien avant, lorsque les familles de jeunes gens amoureux n’étaient pas d’accord avec le mariage projeté, c’était souvent le seul moyen de les obliger à accepter .  L’un des deux jeunes devait enlever l’autre sur un cheval ou dans une voiture, après avoir annoncé l’événement aux voisins ou à quelques amis au préalable.     
Le scandale étant consommé, il fallait bien les marier ensuite. C’était d’ailleurs souvent la jeune fille qui annonçait ainsi son intention d’enlever son fiancé, ou de « s’enlever » elle-même, afin d’éviter pour lui une accusation hypothétique de viol.
Parfois, c’est pour une raison économique que la solution de l’enlèvement était choisie. Une noce est chose très onéreuse comme on le sait et les frais étaient réduits quand on précédait ainsi, car le mariage pouvait se fêter plus modestement.

FVB : est-ce que l’enlèvement remplaçait le mariage ?                                                                           
Nullement, il n’en était qu’une étape avant régularisation. Par trois fois, un « acte respectueux », en fait une demande officielle d’autorisation au mariage, était présentée aux parents réfractaires par un notaire et s’ils ne donnaient toujours pas leur accord au troisième communiqué légal, refus constaté par écrit, les jeunes pouvaient se passer de leur autorisation.  N’oublions pas que le Code Civil, en 1803 stipulait que « le fils qui n’a pas atteint 25 ans accomplis et la fille qui n’a pas 21 révolus ne peuvent contracter mariage sans le consentement de leurs parents ».

FVB : cette coutume est-elle spécifique à la Provence et a-t-elle encore cours aujourd’hui ?        
Probablement pas. On en retrouve traces en Sicile, en Corse, en Italie et on sait qu’elle a été très fréquente durant tout le XIXe siècle en Provence. Evidemment la guerre de 14-18 a considérablement changé les mentalités dans le sens d’une plus grande autonomie au mariage.

Cependant, on cite encore un cas d’enlèvement légal dans les Basses Alpes en 1943 et elle a sans doute été encore pratiquée jusqu’autour des années 50 selon nos sources.                                                                          
Mais peut-être les auditeurs ont-ils des exemples à donner ?

 

 
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Michèle_BRUN : Historienne médiéviste et historienne de l’Art

Commissaire d’expositions au Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice jusqu’en 2012-                                                                                                                                            

 La « femme qui pleure » à Ménerbes

Pas d'archive sonore à disposition

FBV : Nous sommes au milieu des années 1930, à Paris.

Dora Maar, d’origine croate, est belle, orageuse et très talentueuse. Photographe de talent, elle peint, parle plusieurs langues et fréquente le tout Paris de l’art. Au café des « deux magots », Paul Eluard lui présente Picasso. Il a 17 ans de plus qu’elle mais elle est immédiatement subjuguée. Leur liaison sera productive au plan de la créativité… mais tumultueuse aussi.

Picasso aime les femmes et ne se prive pas de prendre des chemins de traverse.

 Dora doit l’accepter ou partir. Elle est férocement jalouse. Pour lui, elle est « la femme qui pleure », et ce sera le titre d’un des portraits les plus célèbres de son œuvre.

FBV  Et maintenant nous sommes à Ménerbes, comment en viennent-ils à y séjourner ?

Picasso aime la chaleur et habitera à plusieurs reprises dans le sud que ce soit près d’Aix ou dans la région de Nice.

De plus, il a des amis en résidence dans les environs : André Lhote habite à l’Isle sur la Sorgue, Chagall à Gordes….

 Un ami lui aurait montré une image d’une très belle maison classique dans le haut du village de Ménerbes en le pressant de l’acheter. L’acquisition a lieu le 15 novembre 1944 et c’est Dora qui l’acquiert.

En fait, depuis quelques temps Picasso, est amoureux d’une toute jeune artiste, Françoise Gillot mais il reste très attaché à Dora et n’envisage pas encore de s’en séparer.

 Il aurait volontiers accepté un ménage à trois, mais ni Dora ni Françoise ne sont d’accord.

 Aussi, c’est plus ou moins en cadeau de rupture, qu’il donne une de ses natures-mortes à Dora et c’est le produit de sa vente qui permettra l’achat de la maison.

RBV : Que se passe-t-il ensuite ?

La rupture avec Picasso se conclut définitivement en 1946, mais ce sera le grand drame de la vie de et elle ne s’en  remettra jamais.

Dora Maar reviendra chaque année passer quelques mois dans cette maison symbolique où elle ne fera jamais de grandes rénovations.

 Jusqu’à son décès, en 1997, elle traînera périodiquement sa mélancolie et son chagrin dans les rues de Ménerbes.

 Quelques témoins se souviennent encore d’une dame un peu bizarre, avec un grand chapeau noir et des lunettes fumées.              (Henriette Théodora Markovitch 1907,1997)

 

 
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Michèle.BRUN : Historienne médiéviste et historienne de l’Art

Commissaire d’expositions au Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice jusqu’en 2012-

 

Le manuscrit de Remerville

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Le manuscrit de Remerville est un exemple de source historique incontestable.

Figurez-vous qu’un certain monsieur François de Remerville qui vivait à Apt dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, a écrit l’histoire complète de cette ville, de ses origines jusqu’à 1692.

Il est reconnu encore aujourd’hui comme l’un des historiens les plus fiables de cette histoire locale car il a eu à sa disposition beaucoup de documents originaux disparus aujourd’hui.

Son texte de 965 pages écrites à la main peut être consulté au service des archives municipales de la ville, mais il n’a jamais, à ce jour, été ni transcrit, ni imprimé. Il est assez difficile à lire pour les non spécialistes. 

Eh bien, Archipal a décidé de faire le travail de transcription, c'est-à-dire le mettre sous une forme accessible à tous.

FBV : Quelle est la difficulté de ce travail ? Et comment vous y êtes-vous y êtes pris ?

Le texte est de la main de son auteur et son écriture pose quelques problèmes de lecture.

Il faut avoir l’habitude des écritures anciennes et d’une façon de s’exprimer qui n’est plus la nôtre actuellement. Ce n’est pas vraiment du vieux français, mais l’orthographe est fantaisiste, on ne reconnaît pas facilement les mots.

Comme la ponctuation est rare, c’est le sens de la phrase qui est perturbé.

 L’absence de majuscules pour les noms de lieux et de personnes gêne, comme aussi la façon de les écrire. Ils sont par ailleurs formulés de façon différente d’une fois à l’autre, ce qui oblige à la vérification de tous les noms propres. Depuis 200 ans les noms de lieux ont parfois changé. Il faut les retrouver. C’est un travail précis et minutieux.

Heureusement au sein d’Archipal, nous avons des historiens compétents, des paléographes amateurs et confirmés pour qui le déchiffrage des écritures anciennes est une passion.

RBV : Et comment se partage-t on ce genre de travail ?

Nous avons un coordinateur qui s’est chargé de répartir un certain nombre de pages par transcripteur et qui rassemble et met en page le résultat.

 Ensuite chacun doit vérifier encore et encore pour qu’il y ait le moins d’erreurs possible.

RBV : Et donc nous pourrons bientôt lire l’histoire d’Apt racontée par un de nos ancêtres ?

Oui, rendez-vous en janvier 2018. Ainsi, même si vous n’êtes pas historien mais seulement un curieux, vous aurez accès à l’histoire d’Apt de ses origines jusqu’en 1692, composée par un érudit témoin d’une partie des événements racontés. C’est plutôt rare, non ?

 

 
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Marc DUMAS : Poète provençal, écrivain de langue provençale et  française. Grand prix littéraire de Provence.

 

                        Le Luberon un lieu de présence humaine ancestral.

FBV : Depuis la préhistoire ?                                                                                                                 Oui,  la préhistoire  a placé le Luberon et les chercheurs aptésiens en précurseur des recherches dans ce domaine.                                                                                                                         La preuve en est, que la Sté Préhistorique de France a été créée en 1904 à Bonnieux par un instituteur, un ingénieur aptésien, et un notaire de Lourmarin.

Et on a la confirmation aujourd’hui que c’est un patrimoine exceptionnel qui avait été découvert mais qui malheureusement n’a pas été suffisamment protégé et étudié.

FBV : On fait un grand bond dans le temps et on parle des romains ?                              On va alors découvrir l’importance de la voie romaine qui passe à Apt  la via Domitia. Elle est  construite en 125  avant J.C. pour joindre Rome à l’Espagne actuelle par voie de terre.

Les 5 grandes voies romaines les plus anciennes ont été  a retrouvées gravées sur quatre gobelets de bronze argentés (datés de 45 av JC) qui ont été découverts dans le lac de Vicarello en Italie. Le tracé de la voie Domitia y est particulièrement intéressant parce qu’on y retrouve  des mentions de lieux et de  cités tous les 15km.

 Apt était une grande ville romaine qui pouvait rivaliser avec Orange ou Vaison-la-Romaine. Des fouilles récentes en attestent sans équivoque. Pourtant en dehors du fameux Pont-Julien, de tous les équipements urbains (forum, temple, théâtre et bains) il ne nous reste que des vestiges.

RBV : Et si on avançait dans le temps

 Ce sont ensuite les siècles troublés et obscurs de l’Antiquité Tardive, puis l’arrivée du christianisme. Dès le premier Concile de France à Arles en 314, la première communauté chrétienne d’Apt est déjà  présente. Cette voie domitienne va rester un axe majeur de circulation.

Après les généraux et consuls de Rome ce sont les grands personnages du Moyen âge avec: Dante, Pétrarque ou St François d’Assise qui vont l’emprunter,

Puis les papes, et des  hommes d’armes et de pouvoir passèrent à plusieurs reprises sur cette route, sans oublier les routiers brigands.

Mais, la voie Domitienne et Apt perdirent de leur importance après le rattachement de la Provence à la France, le pouvoir royal étant au nord. Avignon devenu chef-lieu et une autorité préfectorale centralisatrice favoriseront l’oubli du Pays d’Apt, c’est patent  quand on consulte les archives concernant les rapports préfectoraux.

 

 
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Serge TRUPHEMUS : Professeur d’Histoire, spécialiste de la guerre 1914/1918

La légion garibaldienne en Avignon : 1914-1915

         Le 5 novembre 1914, à Avignon, est officiellement créé le 4e régiment de marche de la Légion étrangère, sous l’impulsion de la famille Garibaldi.

Ce régiment est composé de Français d’origine italienne, d’Italiens résidants en France ou en Italie, tous recrutés en tant que volontaires étrangers - 6000 en tout dont seule, la moitié sera retenue.

Issus d’horizons sociaux, politiques et culturels différents, leurs motivations sont diverses. Beaucoup s’engagent par idéal politique, qu’ils soient libertaires, anarchistes, syndicalistes révolutionnaires ou républicains…

Toutefois, la majorité espère échapper à la faim et à la misère, éviter un rapatriement forcé ou une expulsion. Ils accompagnent leur enrôlement  d’une demande de naturalisation.

 

Comment a été perçu l’afflux de ces volontaires ?

L’afflux de volontaires italiens, provoque de nombreuses réserves.

L’Italie, qui a déclaré sa neutralité le 4 août, s’efforce de ne pas paraître s’engager.

En France, l’arrivée de ces « chemises rouges » révolutionnaires, fait craindre des effets indésirables dans la communauté Italienne.

Ajoutons le poids des préjugés xénophobes contre des Italiens caricaturés en voyous ou en anarchistes.

 

Comment sont accueillis ces légionnaires garibaldiens ?

Le 29 août 1914, la presse et la population avignonnaise font bon accueil aux volontaires, qui défilent « de la gare au Palais des Papes » sous les ovations de la foule.

Surnommée « légion garibaldienne », l’unité s’installe au palais des papes durant quatre mois.

Parmi ses sergents instructeurs, Édouard Daladier, le célèbre maire de Carpentras.

Mais un désamour nait rapidement entre Avignonnais et garibaldiens, que certains accusent de s’être engagés « pour la gamelle ».

Début mars 1915, le préfet de Vaucluse fait un constat amer et sans nuances : « Ce corps turbulent est composé de bons éléments en minorité, d’étrangers ne parlant pas bien le français, commandés par des officiers incompétents, sans autorité, beaux parleurs ou meneurs révolutionnaires... »

 

Comment s’achève l’aventure des garibaldiens ?

En Argonne, fin décembre 1914, la légion garibaldienne perd en vain ¼ de ses effectifs.

En mars 1915, les survivants quittent Avignon pour rejoindre l’Italie qui déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie le 23 mai 1915.

Leur départ se déroule dans l’indifférence générale.

Lazare Ponticelli, célèbre pour être le dernier poilu français de la Grande Guerre, était un de ces volontaires italiens.

Il n’avait pas 17 ans en août 1914, il avait triché sur son âge pour s’engager, il était l’un de ces garibaldiens...

 

 
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                                                                                                                            19

Françoise LAMOUR : Licenciée en histoire, passionnée d’histoire, guide de pays après une carrière dans la fonction publique.

 

Naître à Viens et devenir noble et célèbre…

 

Viens, vous connaissez ? C’est un tout petit village, proche d’Apt.

Il fut un point de départ pour des destins  étonnants

 

FBV : A quelle époque ?

Au milieu du XVIe siècle la famille Monier vit à Viens , ce sont de riches paysans  bien pourvus en terres, deux ou trois générations plus tard ,  ils sont devenus  «   bourgeois »,

L’un deux devient notaire royale, et désormais tous les fils ainés le seront aussi.

 

 

FBV : Et quelle est l’étape suivante ?

A la veille de la révolution tout change : sur les trois fils deux auront des destins étonnants, nous vous parlerons du dernier, Auguste.


Lorsque la révolution éclate Auguste  entre en clandestinité.

C’est un fougueux jeune  homme de 30 ans.

A la demande des princes réfugiés à l’étranger il lève une armée clandestine de plus de 30000 hommes dans tout le sud est de la France.

 

FBV C’est un chiffre impressionnant et quel était l’objectif à atteindre ?

Tout simplement  combattre les armées révolutionnaires et faire en Provence ce qui s’était  fait en Vendée avec Les Chouans.

 

FBV Mais cela ne s’est pas produit  pourquoi ?

Parce  qu’en août 1792 il fut trahi  par un indicateur de Danton, arrêté à La Mure en Isère et conduit à la conciergerie à Paris.

Pourquoi n’a-t-il pas été exécuté ?  C’est un mystère …

A sa libération 2 ans plus tard, il rejoint une nouvelle conjuration.

Et on va, ensuite le retrouver en Angleterre auprès des princes exilés, où il y devient capitaine du roi.

Puis aux Antilles à la Trinité, où il s’est installé comme planteur  et y devient Marquis de la Quarrée, ayant acquis ses lettres de noblesse pour services rendus à la couronne de France      

 

FBV Et que retient-on de cette histoire ?

Tout simplement  que des destins d’aventuriers  peuvent éclore  même dans des bourgs tranquilles.

Si vous visitez Viens ne ratez pas la maison de la famille Monier de la Carrée, elle s’y dresse toujours, fièrement

 

 
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LE LUBERON un LIEU de PRESENCE HUMAINE ANCESTRAL

FBV: Depuis la préhistoire ?                                                                                                                 

Oui,  la préhistoire  a placé le Luberon et les chercheurs aptésiens en précurseur des recherches dans ce domaine. La preuve en est, que la Sté Préhistorique de France a été créée en 1904 à Bonnieux par un instituteur, un ingénieur aptésien, et un notaire de Lourmarin.

Et on a la confirmation aujourd’hui qu’un patrimoine exceptionnel avait été découvert mais que malheureusement, il n’a pas été suffisamment protégé et étudié.

FBV: On fait un grand bond dans le temps et on parle des romains ?                            

 On va alors découvrir l’importance de la voie romaine qui passe à Apt  la via Domitia. Elle est  construite en 125  avant J.C. pour joindre Rome à l’Espagne actuelle par voie de terre.

Les 5 grandes voies romaines les plus anciennes ont été retrouvées gravées sur quatre gobelets de bronze argentés (datés de 45 av JC), découverts dans le lac de Vicarello en Italie. Le tracé de la voie Domitia y est particulièrement intéressant parce qu’on y retrouve  des mentions de lieux et de  cités tous les 15km.

 Apt était une grande ville romaine qui pouvait rivaliser avec Orange ou Vaison-la-Romaine. Des fouilles récentes en attestent sans équivoque. Pourtant en dehors du fameux Pont-Julien, de tous les équipements urbains (forum, temple, théâtre et bains) il ne nous reste que des vestiges.

FBV: Et si on avançait dans le temps

 Ce sont ensuite les siècles troublés et obscurs de l’Antiquité Tardive, puis l’arrivée du christianisme. Dès le premier Concile de France à Arles en 314, la première communauté chrétienne d’Apt est déjà  présente. Cette voie Domitienne va rester un axe majeur de circulation.

Après les généraux et consuls de Rome ce sont les grands personnages du Moyen âge avec: Dante, Pétrarque ou St François d’Assise qui vont l’emprunter.

Puis les papes, et des  hommes d’armes et de pouvoir passèrent à plusieurs reprises sur cette route, sans oublier les routiers brigands.

Mais, la voie Domitienne et Apt perdirent de leur importance après le rattachement de la Provence à la France, le pouvoir royal étant au nord. Avignon devenu chef-lieu et une autorité préfectorale centralisatrice favoriseront l’oubli du Pays d’Apt, c’est patent  quand on consulte les archives concernant les rapports préfectoraux.

 

                                      Marc DUMAS : Poète provençal, écrivain de langue provençale et  française

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LE ROI RENE et les FERRY

 

FBV : Nous sommes à Goult  où se sont  installés les Ferry, maîtres verriers d’origine italienne?

Oui, et leur bienfaiteur est le roi René d’Anjou, Comte de Provence. Nous sommes au XVe siècle

On sait que malgré l’âge, le roi René tenait peu en place et allait fréquemment visiter Guillaume de Remerville et les Albertas à Apt, il se rendait également chez  les Ferry à Goult. La mémoire collective de la communauté de Goult  lui attribuait une chambre, dite du roi René, dans une imposante bâtisse qui fut malheureusement détruite dans les années soixante.

Il admirait leur maîtrise technique et leurs verreries, égalant celle des produits de Murano. On dit aussi que lui même peignait sur verre.

Des textes nous disent que les Ferry « reconnurent les largesses de leur bienfaiteur en fabricant pour lui des ouvrages de verre, étranges, qu’ils portèrent à Marseille et qu’il rémunéra largement »

FBV : Et sait-on, ce qu’ils lui portèrent ?

Oui,  et parmi eux,  un objet nous étonne. Ils lui offrirent une coupe haute de 20 cm. Elle avait la forme et la hauteur d’un calice. C’était un  grand verre fait à l’antique, et sur le fond  étaient peints le Christ et Marie-Madeleine.

 Elle pouvait contenir une pinte, soit un litre environ.

Sur le pied, qui était fort épais, était inscrit en caractères gothiques cette étrange légende : « Qui bien beurra, Dieu voira, Qui beurra tout d’une haleine, voira Dieu et la Madeleine »

FBV : Je traduis : « Qui boira bien verra dieu, qui boira tout, verra dieu et Madeleine ». Pourquoi Madeleine ?

Une vieille tradition Provençale raconte que Marie-Madeleine, fuyant les persécutions débarqua à Marseille, d’un navire aux voiles écarlates accompagnée de Marie-Jacobé, de Marie-Salomé et de Sarah leur servante...Elles auraient été enterrées à Notre dame de la mer.

Cette histoire aurait enflammé l’imagination du roi René dont la grande dévotion pour Marie Madeleine était bien connue.

Zone de Texte:  Coupe produite par BAROVIER 
verrier à Murano  1470/1480 
semblable à celle offerte au Roi René
De la part des maitres verriers un tel cadeau se comprend aisément. Toutefois la capacité importante de la coupe pour un homme  réputé frugal et son inscription étonnent.

FBV : On a une explication ?

On évoque l’idée d’une plaisanterie quelque peu rabelaisienne, entre les pleurs de Marie Madeleine et l’ivresse qui mène à Dieu. Seuls des familiers pouvaient offrir un tel cadeau sans encourir de reproches. Il est vrai aussi, que cette sorte d’énigme ou de rebus, très en usage au XVe siècle, répondait, semble-t-il au goût du Roi René pour les jeux de mots et les devises.

 

 Michel WANNEROY : Docteur es-sciences économique
Palmes académiques  Président d’Archipal de 1998 à 2006 
Prix Paul Fouché
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PHILIPPE de GIRARD

 

FBV : Un collège et un lycée portent son nom à Avignon. Que savons- nous de lui ?

Que toute sa vie il n’a cessé d’inventer : la machine à filer le lin, un élévateur-chargeur de pierres, la modernisation de la machine à vapeur, une machine à utiliser le mouvement des vagues, une mitrailleuse à vapeur, un système pour la fabrication du savon de Marseille etc…

FBV : Il est provençal ?

Oui, il est né à Lourmarin en 1775. Issu d’une famille protestante, c’est un enfant précoce et un étudiant exceptionnel qui deviendra à 19 ans professeur à l’école centrale de Nice.

Lorsque la Révolution éclate, il se réfugie à Lourmarin, mais les engagements fédéralistes qu’il partage avec ses frères l’opposent à Bonaparte et il doit s’exiler. Après la chute de Robespierre, il rentre en France.

Le concours pour relancer l’industrie textile que lance Napoléon Ier en 1810,  fera à la fois sa célébrité et une part de son échec.

L’empereur offre un million à qui découvrira la machine à filer le lin. En deux mois le projet de Philippe de Girard est prêt. Trop confiant dans les promesses napoléoniennes, il investit en empruntant pour créer deux filatures à Paris. Mais l’argent du concours ne vient toujours pas et la chute de l’empire stimule l’impatience de ses créanciers. Il est arrêté, jeté en prison et condamné pour faillite frauduleuse.

C’est l’occasion que saisissent ses associés pour aller négocier l’invention auprès des anglais.

FBV : Ce sont donc les anglais qui vont bénéficier de l’invention ?

Pas seulement. Libéré, et dégoûté c’est en Autriche sur l’invitation de l’empereur  François II qu’il installe une filature, puis en Pologne, où il crée la ville industrielle qui porte son nom « Giradow », ville dédiée à la filature du lin.

Sa renommée atteint la cour du tsar Alexandre Ier et il sera « surveillant de la construction de la compagnie des bateaux à vapeur à St Pétersbourg » pendant 10 ans.

Cependant la malchance le poursuivra toute sa vie; nombre de ses inventions seront volées et il meurt ruiné en 1845. Il sera enterré en grandes pompes au Père Lachaise.

On lui rendra l’hommage mérité par un grand inventeur dont les troubles révolutionnaires et politiques de la France ont sacrifié l’épanouissement. Après l’éloge du chimiste Jean-Baptiste Dumas, c’est Frédéric Mistral qui écrivit à son propos « qu’il est  l’homme  qui éclaire le reste de leurs frères en cheminant derrière eux ».

Par la suite, son corps sera, selon ses vœux, transféré dans le tombeau familial de Lourmarin.

 

Marc DUMAS  Poète Provençal, écrivain de langue provençale et française.

                                                                            Grand prix de langue provençale.

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LES PREMIERS TEMPS CHRETIENS en VAUCLUSE

 

FBV : Que sait-on des premiers temps chrétiens en Vaucluse ?

C’est à partir de 314 après J-C, au concile d’Arles  du temps de l’empereur Constantin qu’apparaissent, les noms des trois communes où nous trouvons les premières communautés chrétiennes du département de Vaucluse, à savoir : Vaison, Orange et Apt.

FBV : Donc l’empire romain change de religion ?

Non, c’est plutôt un élargissement, une ouverture aux autres croyances désormais autorisées.

 

FBV : C’est une forme de cohabitation spirituelle en somme ?

En effet, c’est  par décision des empereurs Constantin Ier et Licinius en avril 313, que va être promulgué l’édit de Milan ou édit de Constantin.  Désormais dans l’empire romain, n’importe qui pourra « adorer à sa manière la divinité qui se trouve dans le ciel ». L’édit de Constantin accorde ainsi la liberté de culte à toutes les religions et permet aux chrétiens de ne plus devoir vénérer l’empereur comme un dieu. Il instaure la Paix de l'Église.

FBV : Alors chez nous en Vaucluse c’est une transformation des croyances ?

Ici, en Vaucluse, l’organisation des trois cités Apt, Orange, Vaison est déjà constituée et reconnue.

Arles est le centre de cette chrétienté, qui résulte des pérégrinations de moines et de pèlerins ayant quitté l’emblématique cité de Carthage située aujourd’hui en Tunisie. La véritable transformation viendra à la suite de la chute de l’empire romain que l’on peut situer vers 476 après J.C.

 

FBV : Pouvez-vous expliquer rapidement la mission de cette église naissante ?

C’est un peu délicat, mais en deux mots il s’agit d’unifier définitivement les églises d’Orient et d’Occident afin d’éviter les schismes (c’est-à-dire les divisions au sein des communautés chrétiennes). Dix mois après une première et vaine réunion de conciliation autour de l’évêque de Rome, des évêques, en plus grand nombre encore, étaient donc  de nouveau convoqués pour se rassembler à Arles le 1er août 314, ce qui en dit long sur la crise qui déchirait l’église.

FBV : Avons-nous des vestiges de ce premier Âge chrétien en Vaucluse ?

D’un point de vue architectural ne subsiste finalement pas grand-chose de ces premiers temps chrétiens : quelques murs par ci par là, quelques tombes caractérisées par des signes comme un chrisme, une  marques de reconnaissance chrétienne apposée sur des tuiles ayant servi de couvertures pour ces premières sépultures chrétiennes. Bien évidemment, plus nous nous rapprochons des grands centres urbains et plus les traces peuvent subsister. Très récemment à Apt,  lors de l’aménagement de la place Carnot, a été découverte une architecture d’une facture exceptionnelle. Il pourrait s’agir des vestiges de la première église de la cité du début du III s. de notre ère. Pour Vaison la Romaine,  suite aux catastrophiques inondations de septembre 1992 on a découvert quelques vestiges ténus de cette période paléochrétienne

FBV : Pour finir qu’est-ce donc qu’un chrisme ?

Le chrisme est l’un des premiers signes de reconnaissance chrétiens. Il s’agit d’un pictogramme dans lequel sont inscrits les signes Alpha et Oméga, c’est-à-dire le début et la fin de tout, le X de christ en langue grecque  entrelacé de la lettre P désignant le terme de Pater si cher à la chrétienté naissante.

 

Patrick DE MICHELE Docteur en Archéologie
attaché au service d’Archéologie du Conseil Départemental de Vaucluse

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LES LOUPS : UN CONTE FANTASTIQUE au XIXe

 

FBV : Les loups étaient ils dans Le Luberon à cette époque?

On pourrait le penser en regardant le titre du journal Le Petit Marseillais qui publiait en novembre 1894 un article  intitulé « Les loups en Vaucluse ».

Il  racontait en effet, qu’une escouade de 24 loups, savamment recrutée dans les villages environnants et organisée par le maire de Saint-Christol serait partie sous la conduite du garde champêtre pour une mission inconnue…

Sur la grande place de Saint-Christol, le maire et sa superbe les avaient harangués de belle façon : « Loups vaillants, Saint-Christol vous regarde, emboitez le pas à mon garde, partez, soyez dignes de nous ! ». Cette noire cohorte s’enfonça dans les bois sombres de Javon et les fauves dissimulés derrière les bornes kilométriques ou dans les fourrés, furent postés sur la route qui conduisait à St Saturnin,

FBV : Les loups étaient étrangement dociles à cette époque me semble t-il ! Racontez-moi la suite

A l’arrivée de la diligence qui apportait le courrier, les loups poussèrent des hurlements effroyables, répercutés au loin dans la nuit la solitude et le silence des grands bois.

Les chevaux surpris se cabrèrent, la voiture tremblait sous ses essieux malmenés, le conducteur plus mort que vif, les fouettant vigoureusement, réussit à atteindre une ferme proche, afin de sortir de ce mauvais pas !

Après cette conduite mémorable sous le commandement du garde champêtre, les 24 loups rentrèrent docilement, à St Christol pour fêter dignement l’événement.

FBV : Amusant  et  de plus en plus étrange !

Á St Saturnin on pensait avoir affaire à une horde de loups chassés des bois par la neige et la faim.

Des résolutions furent votées afin de mettre le courrier à l’abri. On avança qu’il fallait donner au cocher un air rébarbatif et guerrier, qu’ainsi il pourrait tenir les loups à distance. Un autre avis fut de l’habiller en député, ce genre d’uniforme passant pour inviolable…

Á la première nouvelle de l’apparition d’une telle meute de loups M. Reboulin, le  député qui était à l’origine de l’organisation de la distribution du courrier d’Apt à Sault en passant par St Saturnin, était parti pour  Paris par le premier train afin de demander qu’une garnison soir affectée au village.

FBV : Une belle farce non? Et quelle en était la raison fondamentale ?

Un combat politique entre les villages. Un épisode de la lutte héroïcomique opposant St Saturnin à St Christol à propos du courrier. 

FBV : Un Clochemerle du XIXe siècle !

 

 

 

 

 Michel WANNEROY :

Docteur es-sciences économiques 

Palmes académiques 

Président d’Archipal de 1998 à 2006 

Prix Paul Fouché

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Une CHAPELLE ROYALE pour une MATERNITE

 

FBV : Vous allez nous raconter des histoires de femmes je crois ?

Les reliques de Ste Anne grand mère du Christ auraient été découvertes dans la cathédrale d’Apt au VIIIe siècle, mais son culte ne s’est réellement développé qu’à partir du XIVe avec l’installation des papes en Avignon.

Sainte Anne, elle même, était  restée longtemps sans descendance et elle n’avait  donné naissance à Marie que tardivement. C’est donc tout naturellement qu’elle était réputée apporter son aide aux femmes stériles.

FBV : Et dans des temps plus proches de nous, qu’en est-il ?

Même si la dévotion à Sainte Anne n’est plus ce qu’elle était, il y a encore aujourd’hui des couples qui se tournent vers elle dans l’espoir d’avoir un enfant. Certains demandent même à bercer la statue de l’enfant Jésus en bois doré du XIVe siècle.

FBV : Et autrefois qui lui a demandé de l’aide ?

Anne d'Autriche n’a que 14 ans lorsqu’elle se marie avec Louis XIII, et la naissance d’un héritier pour le trône français se fera attendre 23 ans. Cette longue attente suscitera beaucoup de commentaires … ici, en Vaucluse, on raconte que Louis XIV est né grâce à Sainte Anne.

En 1623, après 8 ans de mariage sans enfant, la reine demande aux consuls d’Apt l’autorisation d’obtenir une partie des reliques de Sainte Anne, on lui envoie un fragment de doigt.

Elle ne sera exaucée que 15 ans plus tard : Louis XIV naît le 5 septembre 1638 et son frère  Philippe d'Orléans 2 ans plus tard. Dès lors, Anne d’Autriche se promet de venir rendre hommage à la Sainte, ce qu’elle fait en 1660 à l’occasion du mariage de Louis XIV avec sa cousine Marie-Thérèse d’Espagne.

 

FBV : Soit 37 ans plus tard, les remerciements ne sont pas rapides…

Il faut dire que les déplacements sont difficiles et lents à cette époque.

Les Mémoires de la duchesse de Montpensier surnommée la Grande Demoiselle, nous donnent des informations détaillées sur ce voyage. « D’Aix nous allâmes à Avignon, le roi et la reine prirent différents chemins, parce que la reine voulait aller à Apt ». Le cortège passe par Mallemort, où il franchit la Durance, avant de traverser la plaine de Cavaillon et d’arriver à Apt.

La reine et sa cour font une entrée triomphale dans la ville. Le lendemain, elle assiste à la messe dans la cathédrale, avant de rendre hommage aux reliques de sa sainte patronne.

FBV : Et c’est ainsi qu’on a une chapelle royale ?

Á ce moment, la construction de la nouvelle chapelle Sainte-Anne, commencée en 1643, n’est pas achevée.

On dit que la reine fit  des présents de grande valeur et qu’elle avait envoyé une somme de huit mille livres pour les travaux. Cette somme aurait été détournée et ne serait jamais arrivée… Cependant le pèlerinage d'Anne d'Autriche a relancé les travaux et la chapelle a été consacrée le 26 juillet 1664. Elle porte le nom de « chapelle royale », en mémoire de cet épisode.

 

   Sandra POEZEVARA : Directrice du service patrimoine et musée de la ville d’Apt

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LA LEGION GARIBALDIENNE en AVIGNON 1914-1915

 

Le 5 novembre 1914, à Avignon, est officiellement créé le 4e régiment de marche de la Légion étrangère, sous l’impulsion de la famille Garibaldi.

Ce régiment est composé de Français d’origine italienne, d’Italiens résidants en France ou en Italie, tous recrutés en tant que volontaires étrangers - 6000 en tout dont seule, la moitié sera retenue.

Issus d’horizons sociaux, politiques et culturels différents, leurs motivations sont diverses. Beaucoup s’engagent par idéal politique, qu’ils soient libertaires, anarchistes, syndicalistes révolutionnaires ou républicains…

Toutefois, la majorité espère échapper à la faim et à la misère, éviter un rapatriement forcé ou une expulsion. Ils accompagnent leur enrôlement  d’une demande de naturalisation.

 

FBV: Comment a été perçu l’afflux de ces volontaires ?

L’afflux de volontaires italiens, provoque de nombreuses réserves.

L’Italie, qui a déclaré sa neutralité le 4 août, s’efforce de ne pas paraître s’engager.

En France, l’arrivée de ces « chemises rouges » révolutionnaires, fait craindre des effets indésirables dans la communauté Italienne.

Ajoutons le poids des préjugés xénophobes contre des Italiens caricaturés en voyous ou en anarchistes.

 

FBV : Comment sont accueillis ces légionnaires garibaldiens ?

Le 29 août 1914, la presse et la population avignonnaise font bon accueil aux volontaires, qui défilent « de la gare au Palais des Papes » sous les ovations de la foule.

Surnommée « légion garibaldienne », l’unité s’installe au palais des papes durant quatre mois.

Parmi ses sergents instructeurs, Édouard Daladier, le célèbre maire de Carpentras.

Mais un désamour nait rapidement entre Avignonnais et garibaldiens, que certains accusent de s’être engagés « pour la gamelle ».

Début mars 1915, le préfet de Vaucluse fait un constat amer et sans nuances : « Ce corps turbulent est composé de bons éléments en minorité, d’étrangers ne parlant pas bien le français, commandés par des officiers incompétents, sans autorité, beaux parleurs ou meneurs révolutionnaires... »

 

FBV: Comment s’achève l’aventure des garibaldiens ?

En Argonne, fin décembre 1914, la légion garibaldienne perd en vain ¼ de ses effectifs.

En mars 1915, les survivants quittent Avignon pour rejoindre l’Italie qui déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie le 23 mai 1915.

Leur départ se déroule dans l’indifférence générale.

Lazare Ponticelli, célèbre pour être le dernier poilu français de la Grande Guerre, était un de ces volontaires italiens.

Il n’avait pas 17 ans en août 1914, il avait triché sur son âge pour s’engager, il était l’un de ces garibaldiens...

 

Serge TRUPHEMUS : Professeur d’Histoire,

Spécialiste de la guerre 1914 - 1918

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LE GODELUREAU et la BERGERE

 

Nous sommes en 1841 à Rustrel, petite ville tranquille, bien connue pour ses ocres, et tous comptes faits guère plus dissipée que bien d’autres. Son maire, Joseph François Ponson, oncle et parrain de l’auteur à succès Ponson du Terrail, veille au bon ordre de sa cité. Mais, malgré son bon vouloir il ne peut parer à tout.

FBV : Que s’est- il passé de si terrible à Rustrel un jour de 1841 ?

Imaginez-vous qu’un jeune blanc bec de la société rustrelloise, un certain Louis Montjallard, va défrayer la chronique. Ce jeune coq de 19 ans « s’amuse » depuis quelques mois avec une bergère à peine plus âgée que lui, une certaine Eugènie Saignon, pas plus jolie que ça, mais sans doute un peu enflammable. Enfin, tous les deux passent du bon temps ensemble. Et il arrive ce qui devait arriver. Eugénie annonce à Louis sa prochaine paternité, attendant bien sûr une régularisation de son état. Mais il n’a vraiment aucune envie de poursuivre une relation  toute provisoire à ses yeux ; d’ailleurs, ses parents ont d’autres projets matrimoniaux pour lui.

Dimanche 19 septembre 1841, vers 22h, Eugénie est prête à se coucher lorsque Louis pénètre dans la maison par la porte familière et l’entraîne dehors au prétexte de manger quelques figues (c’est la saison) et de boire à la fontaine. Tout d’un coup, il la saisit à bras le corps et la précipite dans le puits tout proche.

FBV : Est-elle morte tout de suite ?

Que non pas. Elle résistait la gueuse, accrochée à une branche d’arbre mort qui affleure à la surface de l’eau, elle crie… Il saisit une grosse pierre et la lui jette dessus, mais cela ne suffit pas. Elle crie toujours. Il lui tend une main. La malheureuse croit qu’il va la sauver. Mais à peine a-t-elle fait quelques pas hors du puits, qu’il la frappe d’un coup de fusil à l’épaule et de trois coups sur la tête. Son compte est bon cette fois.

FBV : S’est-il enfui pour échapper à la justice ?

Même pas. En rentrant chez son père, il avoue tout de suite son crime. Alerté, Mr Ponson fait venir le garde-champêtre de la commune et le fait garder à vue.

La nouvelle se répand comme une trainée de poudre de village en village. On procède aux constatations d’usage sur le corps, la grossesse de 5 mois s’avère et Louis est conduit à la prison d’Apt.

FBV : Et quel fut le sort de l’assassin ?

IL a été présenté à la cour d’assises de Carpentras le samedi 30 avril 1842. Il a alors 21 ans. Il est beau, jeune et rien dans sa physionomie ne laisse déceler la noirceur de son âme. Monsieur de Larque, procureur du roi, prononce un réquisitoire implacable. Que pouvait répondre le défenseur, maître Barret ? Arguer de l’inconscience d’un étourdi même pas majeur ? (la majorité était à 25 ans en ce temps) ? Rien ne tient devant l’horreur de ce crime prémédité. Louis Montjallard eut la tête tranchée, en place publique de Carpentras par un petit matin bien gris, le 4 juillet 1842 à 8h30…

 

                                                           Michèle BRUN : Historienne médiéviste et historienne de l’Art

   Commissaire d’expositions au Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice jusqu’en 2012

 

 

 

 

René Bruni, Crimes en Provence, Le Pays d’Apt        Le Mercure aptésien n° 118,26/09/1841

Revue aptésienne n° 73, 26/09/1841-                           Le Mercure aptésien n° 142, 1/03/1842 

                                                                                      Le mercure aptésien n° 150, 8 /05/1842

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 grafiti de Borysthène place Carnot Apt

Graffiti Borysthène      Place Carnot Apt

 

 

 

 

 

   

 

LA MORT de BORYSTHENE

CHEVAL de l’EMPEREUR  HADRIEN

 

FBV : Que sait-on de cette incroyable histoire écrite par Marguerite Yourcenar dans son célèbre roman historique ”Les Mémoires d’Hadrien” ?

Au cours de l’automne de la 122e année après J.-C., Hadrien, est à Apt, l’Apta Julia romaine. Durant son séjour dans la colonie latine il décide d’aller chasser dans les forêts environnantes.

C’est durant une course poursuite, particulièrement éprouvante que son cheval  qui s’appelait Borysthène s’écroule mort, vraisemblablement foudroyé par une crise cardiaque.

L’empereur va alors demander aux citoyens de la colonie d’Apta Julia de procéder à la construction d’un mausolée à la mémoire de son impérial équidé, et de graver sur une imposante plaque de marbre un poème dédié à la mémoire de son animal vénéré.

 FBV : La tombe a t elle été retrouvée ?

Non, le mausolée n’a jamais pu être localisé, mais  dans le courant du XVIIe s. un érudit d’Aix en Provence, Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, va être appelé à Apt pour expertiser une inscription gravée sur une plaque de marbre qui vient d’être découverte sur les hauteurs de la ville. Cet illustre personnage parviendra à traduire le texte qui se révèlera être la dédicace impériale d’Hadrien à son cheval Borysthène.

 FBV: Et que nous apprend ce texte ?

- Que Borysthène avait certainement été offert à l’empereur Hadrien par le roi de la tribu des Alains (tribu des steppes du nord du Caucase) pour le remercier en cadeau d’amitié ou peut-être d’alliance.

-Il est dit aussi que  Borysthène avait l’habitude de voler à travers la plaine, les marais et les hauteurs de l’Etrurie à la poursuite des sangliers de Pannonie, et que nul sanglier n’osa lui porter un coup de ses blanches défenses …

- « que dans la fleur de sa jeunesse, sans que nulle blessure ait souillé ses membres, il est mort à son heure et repose dans ce champ.”

Ce champ, c’est le lieu que Patrick de Michèle, l’archéologue en charge d’Apt rêve de découvrir un jour.

 FBV : La mort de ce cheval vénéré a t-il ajouté à la gloire d’Apt ?

Pas forcément,  car nous connaissons  particulièrement bien le caractère de l’empereur Hadrien et, nous pensons que cet événement ne lui a pas laissé un agréable souvenir. Nous savons qu’Hadrien avait érigé la chasse au rang d’un acte divin et qu’il offrait son gibier à des divinités. La mort prématurée de son cheval n’était probablement pas un signe favorable des dieux.

Ce n’était pas une bonne journée encore moins une bonne partie de chasse...

Les divers chantiers de fouilles archéologiques menés dans le centre ville historique nous apprennent qu'après cet épisode, les moyens financiers de la colonie ont cruellement manqué à son entretien, Hadrien s’est peut être vengé…

 

   Patrick DE MICHELE Docteur en Archéologie,

attaché au

 Service d’Archéologie du conseil Départemental du Vaucluse

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LA TOUR PHILIPPE

            FBV : Et où se trouve la tour Philippe ?

Sur la route qui longe l'échine du Luberon que l'écrivain Jean Giono appelait la baleine bleue car elle a la forme du dos du cétacé, entre Coustellet et Apt. Le regard vers la crête est attiré par un étrange édifice : une tour, seule au milieu de la garrigue, pas très loin de la forêt de cèdres plantée sur le Petit Luberon sous Napoléon III.

 

FBV : Quel est ce bâtiment ? Un donjon médiéval ?

 

C'est une construction de pierre datant de la fin du XIXe siècle à l'architecture originale d'un style néo-romantique. Dans d'autres régions, on appellerait cela une folie. Ici on parle de la tour Philippe ou de la tour du fada.

 

FBV : La tour du fada comme la maison du fada de l'architecte Le Corbusier à Marseille ?

 

Oui, car il faut être un peu fou pour construire de tels édifices mais en provençal le mot fada n'évoque pas la folie mais des êtres habités par les fées et l'histoire de cette tour et de son bâtisseur est en quelque sorte une histoire de fées car cette construction est entourée de mystère.

Philippe Audibert était un artiste sculpteur installé à Bonnieux où sa mère était épicière. La légende provençale lui attribue le grand prix de Rome de sculpture mais son nom est absent de la liste officielle. Sans aucun doute, cet original, décida-t-il de faire construire une tour sur le Luberon, d'une hauteur suffisamment grande pour apercevoir la mer depuis son sommet. La construction monta, lentement et lorsque Philippe mourut en 1900, la tour restait en chantier. Son héritier, Ferdinand Bourgue, la fit achever mais les rares personnes qui ont eu le privilège d'y monter, affirment avoir aperçu seulement l'étang de Berre. Á côté de la tour se trouvent d'autres bâtiments, dont une ligne d'arcades qui devaient abriter chacune une statue. Il semble surtout que ce lieu tranquille, car isolé, permettait à Philippe Audibert de recevoir ses amis pour y faire la fête.

L'artiste est aussi connu à Bonnieux pour avoir sculpté et fait don de la statue de la Vierge qui culmine au sommet du clocher de l'église haute. Certains même y voient une statue de la Vierge enceinte ce qui confirme que tout ce qui touche à l'artiste est à la fois entouré de mystère et d'un brin d'humour.

FBV : On peut visiter la tour Philippe ?

 

Non, c'est une propriété privée mais on peut s'en approcher pour mieux l'admirer en montant par la route qui conduit à la forêt de cèdres du Petit Luberon. Faites la balade un jour de ciel bleu, vous ne pourrez pas ignorer la Tour Philippe, fière et droite sur la crête de la montagne.

 

Michel ROURE : Ingénieur en retraite,

Chercheur amateur en  histoire religieuse d’Apt aux XVIIIe et XIXe

 

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LA FERMETURE du PLATEAU d’ALBION 20 ans déjà.

 

 

FVB : Le plateau d’Albion, Un site militaire ?

Oui, le premier groupement de Missiles Stratégiques appelé communément le plateau d’Albion était implanté sur 3 départements (Vaucluse, Alpes de Haute Provence, Drôme) et 2 régions (PACA et Rhône-Alpes).

Sa fermeture a suscité autant d’inquiétudes  que son implantation avait provoqué de manifestations hostiles.

La première inquiétude, qui était celle de « la bombe atomique » avait été compensée par des apports positifs :

- Le secteur avait bénéficié d’infrastructures routières de qualité, de leur déneigement l’hiver, de jour comme de nuit, et de l’eau courante en quantité amenée depuis la Durance sur le plateau d’Albion.

L’arrivée de 2000 militaires et des familles avait nécessité la construction de logements à la cité St Michel à Apt.

Il avait aussi fallu construire en urgence, un nouveau collège-lycée dont on peut regretter qu’il ait pris la place de l’ancien couvent des Cordeliers qui aurait pu être conservé  en tant que monument historique.

 

FBV : Et quel est le bilan de cette fermeture ?

Après la fermeture les derniers recensements montrent que la population n’a que peu baissé.

Les militaires dans leur grande majorité sont restés dans leurs habitations construites autour d’Apt ; ils ont pris leur retraite ou sont devenus « célibataires géographiques » laissant leur famille sur place.

Il est vrai que la fermeture a créé une perte d’activité bien réelle dans tous les secteurs, autant BTP que commerces.

 

FBV : Aujourd’hui que reste t-il des infrastructures du site nucléaire ?

- La légion étrangère a remplacé l’Armée de l’air dans ce qui s’appelle maintenant: Le quartier Maréchal Koenig.

- Le poste de tir de Rustrel a été reconverti, il abrite maintenant le « Laboratoire souterrain à bas bruit » qui dépend des universités d’Avignon, Marseille et Nice pour des expériences scientifiques de haut niveau.

- Le site de l’Aérospatiale a été repris par la DGSE, les renseignements extérieurs, c’est un centre d’écoute longue distance.

- La majorité des 18 sites de lancement des missiles est à l’abandon, mais certains ont fait place à des réalisations intéressantes :

            Quelques déchèteries

  Un restaurant étoilé.

  Un site d’observations astronomiques placé en altitude pour la clarté du ciel nocturne.

  Un radar de détection des satellites espions, mis en œuvre par l’armée de l’Air.

  Quatre centrales à énergie solaire, ainsi, il est intéressant de constater que le nucléaire a été remplacé               par l’énergie solaire.

 

 

                                     Jacques GADRAT : Intéressé par l’histoire, les vieilles pierres et l’astronomie.

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NAITRE à VIENS et DEVENIR NOBLE et CELEBRE

 

Viens, vous connaissez ? C’est un tout petit village, proche d’Apt.

Il fut un point de départ pour des destins  étonnants

 FBV: A quelle époque ?

Au milieu du XVIe siècle la famille Monier vit à Viens , ce sont de riches paysans  bien pourvus en terres, deux ou trois générations plus tard ,  ils sont devenus  « bourgeois »,

L’un deux devient notaire royal, et désormais tous les fils ainés le seront aussi.

 FBV: Et quelle est l’étape suivante ?

A la veille de la Révolution tout change : sur les trois fils deux auront des destins étonnants, nous vous parlerons du dernier, Auguste.
Lorsque la révolution éclate Auguste  entre en clandestinité.

C’est un fougueux jeune  homme de 30 ans.

A la demande des princes réfugiés à l’étranger il lève une armée clandestine de plus de 30 000 hommes dans tout le sud est de la France.

 FBV: C’est un chiffre impressionnant et quel était l’objectif à atteindre ?

Tout simplement  combattre les armées révolutionnaires et faire en Provence ce qui s’était  fait en Vendée avec Les Chouans.

 FBV :  Mais cela ne s’est pas produit  pourquoi ?

Parce  qu’en août 1792 il est trahi  par un indicateur de Danton, arrêté à La Mure en Isère et conduit à la conciergerie à Paris.

Pourquoi n’a-t-il pas été exécuté ?  C’est un mystère …

A sa libération 2 ans plus tard, il rejoint une nouvelle conjuration.

Et on va, ensuite le retrouver en Angleterre auprès des princes exilés, où il y devient capitaine du roi.

Puis aux Antilles à la Trinité, où il s’est installé comme planteur  et y devient Marquis de la Carrée, ayant acquis ses lettres de noblesse pour services rendus à la couronne de France      

 FBV: Et que retient-on de cette histoire ?

Tout simplement  que des destins d’aventuriers  peuvent éclore  même dans des bourgs tranquilles.

Si vous visitez Viens ne ratez pas la maison de la famille Monier de la Carrée, elle s’y dresse toujours

 

Françoise LAMOUR : Licenciée en histoire, passionnée d’histoire,                                                       guide de pays après une carrière dans la fonction publique.

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ITINERAIRE de MAQUETTES de BATEAUX du XVIIe siècle

 d’APT à VERSAILLES

 

FBV : Ni Apt, ni Versailles ne m’évoquent la mer…racontez nous…

Au XVIIe siècle, Pierre Legrand, substitut du procureur général du Roi, témoigne de l'étendue des miracles de  Ste Anne envers les marins dans son livre « Le Sépulchre de Madame Saincte Anne » :

 Les patrons de navires et autres gens marins de Marseille savent bien dire si Madame Sainte Anne est à Apt, car il n'y a année qu'ils ne luy viennent faire offrande, pour l'aide qu'ils ont eue sur mer de ceste Dame...

En 1842, l’Abbé Rose nous donne l’image d’une chapelle aptésienne très largement honorée par les marins : L'intérieur de la niche était orné de branches de corail, de mamelons d'ambre, de coquillages éclatans ramassés sur tous les rivages, et apportés par de pieux matelots car, le pèlerinage de Sainte Anne d'Apt était jadis accompli par une longue file de marins sauvés du naufrage. 

 

FBV : Donc Ste Anne relie Apt et la mer, mais vous évoquez des maquettes de bateau… ?

Dans les grands sanctuaires de bord de mer, les marins avaient l’habitude de déposer des petits tableaux ou des maquettes de leur bateau pour demander la bienveillance divine avant de prendre la mer, ou plus souvent pour remercier d’une protection accordée lors d’une tempête, d’une attaque, d’un naufrage etc.

Mais ces ex-voto ne sont pas l’apanage du littoral. On en trouve aussi à l’intérieur des terres dans les départements bretons… et à Apt, en Vaucluse.

 

FBV : Et pourquoi un voyage à Versailles?

Le musée d’Apt conserve 4 tableaux peints par des marins et 2 maquettes de bateau du XVIIe siècle qui, étaient suspendues, au XIXe siècle, à la voûte de la sacristie, aux côtés d’un crocodile naturalisé.

Fabriquées en mer ou dans un port il y a plus de 3 siècles elles ont entamé un nouveau voyage, qui les a conduites dans les ateliers de restauration de la Direction des Musées de France à Versailles.

Dans ces ateliers spécialisés, les maquettes ont été étudiées, radiographiées et photographiées sous différentes lumières. Elles ont été classées monuments historiques depuis 1933. Réalisées par des marins avec les matériaux disponibles à bord de leur navire, leur restauration est complexe. Les restaurateurs doivent non seulement disposer de solides connaissances en architecture navale, mais aussi savoir traiter les dégradations du bois, des tissus, des éléments métalliques etc.,  qui  les composent.

La première, qui a probablement été offerte en 1655 par l’équipage du Dragon, est revenue au musée municipal en 2006.  (Photo ci-contre)

La seconde reviendra en novembre prochain. Elle sera présentée dans la nouvelle exposition temporaire Saintetés aptésiennes : croyances, reliques et dévotions du Musée d’Apt. 

 

 

Sandra POEZEVARA : Directrice du service patrimoine et musée de la ville d’Apt

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A droite en 3e place en partant de la droite devant l’infirmerie sur le quai de la gare d’Orange devant l’infirmerie

Elise Leblanc infirmière bénévole Croix Rouge en compagnie de son père

 Archives  municipales d'Orange

                                                                                

 

 

IMPROBABLE RENCONTRE aux ARCHIVES

 

FBV : Noyé dans les sources, l’Historien assiste parfois à des rencontres improbables,

Ici, à un siècle d’intervalle :

Nous sommes en avril 1915. Blessé par obus à la jambe un Vauclusien témoigne:

« Avec son accent 100 % marseillais le chirurgien me dit :

- Il faut qu’on te mette un drain c’est une affaire de 5 minutes: 2 solutions : L’anesthésie et tu pars pour la Bretagne après-demain, ou je t’opère à froid et tu pars ce soir direction Nice.» 

Je réponds «- Nice ! ».Le chirurgien me dit : « - Je te demande de pas gueuler ».

Joseph Brunel se souvient: « Tout en pensant à la promenade des Anglais, les doigts me faisaient mal, tellement je m’étais cramponné à la table ».

FBV : Ce type de témoignage est-il si surprenant en 1915?

Un récit aussi détaillé et vivant n’est pas si fréquent. Mais le plus incroyable reste à venir.

Dans le train sanitaire qui, selon son expression, « s’ébranle vers le pays des oliviers », Joseph Brunel apprend que le train doit s’arrêter à Orange.

Joseph imagine alors un stratagème afin d’y être débarqué et fait mine de souffrir des trépidations. Il écrit : « Je geignais jusqu’à Valence, en poussant la note jusqu’à Orange en disant :-  je veux qu’on me descende, je souffre trop.

À la gare on me descend avec d’infinies précautions. On m’emmène au poste de secours, tenu par une infirmière bénévole de la Croix-Rouge, Mlle Leblanc. » 

Là, le chercheur plongé dans les archives n’en croit pas ses yeux.

FBV : Qu’y a t-il de si étonnant?

Une rencontre entre un blessé et une infirmière semble banal en effet ! Toutefois, un témoignage aussi détaillé reste rare. En outre, coïncidence extraordinaire, à Orange on conserve des photos sur lesquelles on peut identifier une infirmière dénommée Élise Leblanc. Notamment sur une vue prise devant le poste de secours évoqué par Joseph Brunel. Il raconte:

« Le train s’ébranle en direction de Nice, alors, comme par enchantement, je me dresse sur mon séant et retrouve mon moral devant Mlle Leblanc éberluée. Elle s’exclame :-  Ah le coquin !»

 Joseph lui répond alors: « J’habite Sablet et je n’ai pas du tout envie d’aller à Nice.

-  Bien, dit-elle, je vais vous faire hospitaliser à l’hôtel Dieu.

Je fais la grimace, je savais par ouïe dire que partout où l’on était soigné par des sœurs, il y avait un peu trop de discipline. Expliquant cela à mon interlocutrice, elle me répond :

- Bon, je vais vous expédier au lycée de jeunes filles.

Du coup je retrouve le sourire, une ambulance arrive et m’emmène au lycée, transformé en hôpital. Je me retrouve en bonne compagnie, au milieu des tremble carcasse, tous sérieusement amochés ».

Un siècle plus tard, de façon improbable, le récit de Joseph redonne vie aux photos d’Élise.

 

       Serge TRUPHEMUS : Professeur d’Histoire    

         Spécialiste de la guerre 1914 - 1918

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JACQUES BERNARD d’ANSELME, un VAUCLUSIEN INCONNU

 

FBV : Pouvons nous le situer brièvement pour ceux qui n’ont jamais entendu son nom ?

Oui, c’est un général de la Révolution française, né sous l’ancien régime, le 22 juillet 1740, à Apt, rue de la sous préfecture.

Dès l’âge de 5 ans il entre au service comme officier et il est mentionné sur les états  au régiment de Brancas.

FBV ; Vous en êtes sûr ? C’est surprenant, comment est-ce possible ?

Parce que son père est lui-même officier et qu’il appartient à la noblesse, selon l’usage du temps.

FBV : C’est seulement une nomination honorifique ou il va véritablement exercer son métier ?

Il va l’exercer pleinement et intensément, Je vais vous faire un bref résumé de ses états de service.

 En 1756, il n’a donc que 16 ans, et comme lieutenant, il va servir devant Minorque aux Baléares, faire la guerre de 7 ans, se retrouver  en Corse pendant 3 ans et partir  aider  à la guerre d’indépendance aux états unis de 1780 à 1783. Il sera nommé maréchal de camp,  puis aide de camp du maréchal Rochambeau, en 1791.

FBV : Nous sommes donc passés de l’ancien régime à la Révolution.

A 52 ans,  il est nommé commandant de l’armée du midi, on est en 1792, nous sommes effectivement en pleine Révolution.

A la tête  de ses troupes, il passe le Var le 28 septembre 1792 et s’empare à Nice qui appartient alors au  royaume de Sardaigne,  d’un arsenal militaire considérable, d’une frégate et d’une corvette armées de canons, qui se trouvaient dans le port. Puis le comté de Nice tombe à son tour.

Après la prise de la ville d’Oneille en Italie, ville qui dépendait du Sénat de Nice, son armée, mal équipée, dans un complet dénuement, se livre à des exactions.

 

FBV : Et il en est jugé responsable ?

Bien sûr, il accusé d’avoir  manqué d’énergie pour réprimer les excès de ses soldats.

La convention le suspend de ses fonctions. Arrêté, il est conduit à Paris où il est incarcéré. Il écrit alors un mémoire de 55 pages, pour justifier ses actions,  mémoire qui produit un effet favorable, puisqu’il est oublié dans sa prison.

Le 9 thermidor c’est la chute de Robespierre qui perd sa tête. Par contrecoup Anselme conserve la sienne et il est acquitté peu après.

Bien que mis à la retraite et pensionné, il est nommé inspecteur des troupes stationnées dans le midi 3 ans plus tard et ce n’est qu’en 1801, à 60 ans qu’il est véritablement à la retraite.

Il meurt à Paris, le 17 septembre 1814 à l’âge de 74 ans.

Il fait partie des 558 officiers à avoir son nom gravé sous l’Arc de Triomphe à la 23° colonne.

 

                                     Jacques GADRAT : Intéressé par l’histoire, les vieilles pierres et l’astronomie.

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6

 

 A MIRABEAU COMBIEN de PONTS ?

 

 FBV : Une question possible pour un jeu de notre matinale !

 Comptez bien, il y a des pièges, et ce n’est pas facile !

Aux quatre termes de quatre départements, la Durance a creusé son lit dans un défilé si étroit que les eaux enragées par l’obligation de passage du défilé de Canteperdrix ont découragé tout projet de pont romain ou médiéval.

Pendant des siècles une destinée semble s’être acharnée à détruire tous les ouvrages des hommes malgré la sainte protection de deux chapelles sur les deux rives : Ste Marie et Ste Madeleine du pont.  

 On persévéra donc à franchir le fleuve encore au XIIIe siècle avec des bacs à traille car la première tentative de construction ne date que du XVe siècle.


FBV : Donc le nombre de ponts est nul jusqu’au XVe  siècle…

A quatre reprises 1440-1635-1843-1881, la Durance déchaînée n’a laissé aucune chance aux ponts successifs qui l’enjambaient. Ils furent à chaque fois reconstruits car le péage était lucratif.

En 1825, l’ingénieur Marc Seguin évoque l’idée d’un pont suspendu, et Jean François Théophile Sauzet le réalise. Achevé10 ans plus tard, il est arrimé à deux immenses portiques néo-romains classés aux monuments historiques. Ils  sont  encore visibles aujourd’hui.

Emporté en 1843 par la crue millénaire, il est reconstruit en 1845.

FBV : J’en ai compté 6 !

Concédé au sieur Sauzet qui refuse de prendre seul à sa charge les frais de réparation après la crue et qui perd son procès, il est attribué en 1845 au sieur Chaffard qui le restaure pour 210 000F, le péage lui rapportant  chaque année 28000F.

Détruit pendant la guerre 14/18, un pont à travée unique, doté de deux pylônes en béton armé  le remplace en 1935. 

Les alliés voulant entraver la retraite allemande le bombardent pendant trois jours sans succès et c’est finalement  la résistance qui réussit à le faire sauter en 1944.

Les unités américaines, remontant vers le nord  jetteront un pont de bateaux le 20 août un peu au sud du pont actuel. C’est en 1947 que le pont est reconstruit, et  l’actuel pont moderne est mis en service en 1988.

Alors combien de ponts ?

FBV : 9 si on compte le pont de bateaux !

 

Marc DUMAS  Poète Provençal.

Ecrivain de langue provençale et française.                                   

Grand prix de langue provençale.

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LA CONJURATION de JOUCAS

ou LA CONSTANCE d’une EPOUSE

 

Au soir de Pâques, le 22 avril 1821, Euphrasine, la veuve Boyer, dîne chez les époux Cortasse, non loin de la sortie du village.

Le lendemain, une voisine, toque à sa porte, la trouve fermée. C’est inhabituel.

On organise les recherches et on découvre le corps d’Euphrasine au fond du puits d’un certain Donnier. On prévient le juge de paix du canton qui arrive le matin du 24.

 

FBV : Que disent les rapports d’enquête ?

Chez les époux Cortasse se trouvaient ce fameux soir, Michel Mensitrezi, un journalier qui à présent a disparu et le dénommé Joseph Chou. Les témoins disent qu’Euphrasine était particulièrement irritée contre Jacques Durand l’aubergiste de Joucas, Il lui devait 78 francs et ne voulait pas les lui rendre. Et chacun de renchérir. Sa fille Marie Bourgue, s’en mêle.

Des témoignages fomentés par les époux Bourgue confirment la suspicion contre l’aubergiste. Il est arrêté et jugé par la cour d’Assises de Carpentras les 1er et 2 mars 1822. Une bizarre atmosphère règne sur ce procès où tout s’enclenche trop parfaitement. La plaidoirie de l’avocat de l’accusé est habile, mais elle laisse apparaître bien des contradictions et après de longues délibérations, il est acquitté.

 

FBV: L’affaire est donc terminée ?

Loin de là. Certes Durand est reparti chez lui libre, mais son honneur a été bafoué et c’est un homme fini qui est sorti du tribunal. Son épouse jure solennellement de consacrer le reste de sa vie à faire la lumière sur l’assassinat.  Et c’est ce qu’elle fait au fil des années, écoutant l’un, l’autre, et surtout les silences. Peu à peu échappent des informations. Elle en rend compte à la justice locale tous les samedis en allant au marché d’Apt. Un jour de 1828, 7 ans se sont écoulés, elle surprend un signe d’intelligence suspect entre Chou et Bourgue et capte une conversation dans laquelle l’un accuse l’autre de trop parler .Elle est  enfin en possession de la dernière pièce du puzzle, elle rapporte tout cela au procureur du roi et l’affaire est rouverte, enfin.

 

FBV: Et que découvre-t-on de nouveau ?

Il s’avère que la veuve Boyer a été empoisonnée avant d’être précipitée dans le puits.

Au cours du deuxième procès, le maire reconnait qu’il avait signé à Joseph Chou, une autorisation d’achat de mort au rat. Le médecin finit par admettre qu’il a délivré un peu légèrement le permis d’inhumer. Le gendre qui est notoirement en très mauvais termes avec sa belle-mère est l’âme damnée de l’affaire. En fait, chacun des protagonistes devait d’importantes sommes à la veuve Boyer.

 

FBV: Que sont-ils devenus ?

Joseph Chou et François-Xavier Bourgue sont condamnés à la peine capitale, l’épouse de Chou à 5 ans de détention criminelle, Michel Mensitrezi à 5 ans de travaux forcés. Les autres sont élargis car il y a prescription. Quant à l’épouse Durand, si courageuse, si opiniâtre dans sa recherche de la vérité, elle reçoit un hommage triomphal … en 1858. Trente six ans se sont écoulés depuis le premier procès. La reconnaissance est souvent tardive.

 

                                               Michèle BRUN : Historienne médiéviste et  historienne de l’Art

  Commissaire d’expositions au Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice jusqu’en 2012

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L’INVENTEUR de la TRUFFICULTURE

 Joseph Talon

 

FBV : Á partir de quelle date trouve-t-on mention de la truffe en Vaucluse ?

C’est en 1466 dans les comptes tenu par Paul Boeti, l’un des habitants de Saint-Saturnin lès Apt que l’on trouve mention d’un prix d’achat de truffes. Mais ce terroir possède un autre titre de gloire : la première tentative de domestication de la truffe par l’un de ses habitants : Joseph Talon.

FBV : Comment ce rabassié, ce chercheur de truffes a-t-il découvert cette possibilité ?

De fait, Joseph Talon va appliquer, vraisemblablement sans la connaître, l’idée émise vers 1800 par le comte de Gasparin qui était agronome et député de Vaucluse « semez des glands, vous récolterez des truffes ».

Les archives municipales indiquent que la plantation a dû être réalisée par les Talons, père et fils entre 1808 et juillet 1810. L’apport indéniable de Joseph a été de développer ses propres expérimentations durant une trentaine d’années jusqu’à l’obtention d’une certaine maîtrise de la culture de la truffe.

Cultiver la truffe, voilà une nouveauté qui a d’emblée conquis l’intérêt de ses proches, puis par diffusion la sphère économique puis publique. Les savants et les scientifiques suivront un peu plus tard cherchant à élucider les mystères de la truffe noire, quête qui se poursuit encore actuellement.

FBV : Á qui doit-on la propagation de la trufficulture ?

Il est dû à l’intervention d’Auguste Rousseau. Ce négociant de Carpentras, était en relation d’affaires avec Talon. Il vint lui-même visiter les lieux et cueillir les glands sur les meilleurs arbres truffiers. Avec ses 7 ha de plantations il expédiera quelques années plus tard ses premiers échantillons de truffes, lors de l’Exposition universelle de Paris en 1855 où une médaille de première classe lui sera décernée. L’année suivante il se verra décerner une médaille d’or. La trufficulture permettra à la conserverie de Rousseau d’accroître ses ventes.

Suite à quoi le préfet de Vaucluse interpellé par le Comte de Gasparin publiera une circulaire incitant les communes à semer des glands pour accroitre le produit agricole du département.

L’histoire de la truffe nous faire découvrir toutes les phases d’un développement économique et scientifique qui suscitera beaucoup d’espoirs, procurera beaucoup d’argent durant quelques décennies, puis sonnera la phase des rendements décroissants, laquelle ne cesse d’interroger encore tout le monde !

 

Michel WANNEROY : Docteur es-sciences économiques

Palmes académiques  Président d’Archipal de 1998 à 2006  Prix Paul Fouché

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1929

Dessin de GRANVILLE

 

 

LE CHARIVARI à travers les siècles

 

FBV : Un charivari ? C’est faire du bruit avec tout ce qui tombe sous la main, c’est ça ?

Oui, ça vient du latin « Caribaria » qui désigne un rituel semblable à celui du carnaval au cours duquel sont utilisés toutes sortes d’objets pour faire du bruit : crécelles, claquoirs, tambours… et  ça donne grand mal à la tête !

 C’est un usage qui date du Moyen âge, il se tient à l’occasion d’un mariage mal assorti 

FBV : Et qu’entend-t-on par mariage mal assorti ?

 Au XVe siècle, il s’agit d’un mariage de secondes noces, et les excès sont tels que veufs et veuves préfèrent vivre en concubinage plutôt que de convoler en secondes noces, tant est grande la crainte du charivari.

Au cours du XVIIe siècle, le rituel étend son emprise bien au-delà des secondes noces.

La différence d’âge entre les époux est invoquée, puis le fait de se marier hors de sa paroisse et, de fil en aiguille, la coutume se généralisera et désignera tout chahut organisé en vue d’obtenir du futur marié de l’argent afin de faire la fête en s’enivrant. Le futur mari acquittait ainsi un droit symbolique de rachat.

FBV : Existe-t-il un souvenir de cette pratique ?

Effectivement en 1900, à Saint-Saturnin-lès-Apt une grande rumeur se répandit lorsqu’on apprit la conduite impensable de nouveaux mariés qui refusaient de payer les 100f que les charivariseurs demandaient.

En conséquence, ils décidèrent que faute d’obtenir cette somme le jour même, elle serait augmentée de

50 Fr. par jour de retard.

Les esprits s’échauffèrent, le bruit courut dans le pays que ledit soir, plus de cent femmes et filles participeraient au charivari.

Le beau-père du nouveau mari crut devoir faire des démarches auprès du brigadier et du maire afin d’éviter ce grand branle-bas. Le résultat fut tout à l’inverse de son attente, et le charivari commença vers 20 heures, au lieu des 22h habituels.

D’abord une quarantaine de personnes, puis une demi-heure plus tard 15 femmes et dix-huit filles, dont  les plus âgées avaient environ dix-huit printemps, vinrent avec leurs grelots, et leurs poêles en fer-blanc pour augmenter le tapage nocturne.

Si bien que vers vingt et une heure, sur la place devant la maison des nouveaux mariés plus de six cents personnes se trouvaient réunies, de tous âges et de tous sexes. Le tapage ne cessa qu’avec le versement de 150 francs pour aller boire dans les cafés.  Et ce n’était pas une petite somme en 1900 !

 

FBV : Vous savez ce que cela fait en euros ?

Environ 579 euros !

 

 

 

Michel WANNEROY :

Docteur es-sciences économiques

Palmes académiques 

Président d’Archipal de 1998 à 2006                          

Prix Paul Fouché

                                                                       

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LA LEGENDE des CERISES à NAITRE

 

 FBV : On sait qu’Apt est la capitale du fruit confit.

Oui et parmi les fruits dits nobles et un peu à part  comme l’abricot ou la clémentine, c’est la cerise qui occupe une place privilégiée en quantité et parce que c’est le premier fruit à mûrir au printemps dans nos paysages.

  FBV: Et il existe une légende concernant les cerises ?

On raconte que le Christ, après son passage au désert, fut lui-même tenté par une petite envie de gourmandise.

FBV : Le péché de gourmandise !

Eh oui…Instruit par ses apôtres lui ayant affirmé que le Pays d’Apt était le terroir béni de la cerise, alors qu’il cheminait sur la voie Domitienne, il arriva à Apt, venant de Palestine.

Mais c’était en plein hiver et il piqua une « sainte » colère autant contre ses apôtres que contre les aptésiens qui les avaient induits en erreur, car il ne trouva pas une seule cerise à déguster.

Probablement fatigué de faire des miracles, il fit savoir aux gens d’Apt qu’il repasserait à nouveau dans le pays à la faveur de quelques nouvelles paraboles. Nos aptésiens en furent très perturbés mais se mirent au travail.

 

FBV : Et le Christ revint au printemps je suppose ?

Le Christ – comme il l’avait annoncé- revint…mais c’était encore en plein hiver. Il s’arrêta vers les premiers cerisiers qu’il rencontra dans la vallée du Calavon.

Là, il vit des arbres couverts de fruits –dits confits- qui le régalèrent et il en remercia les consuls Une autre conclusion plus iconoclaste nous raconte que le Christ était accompagné de sa grand mère Anne et que cette dernière après avoir mangé des fruits sucrés se débarrassa de son grand voile sur lequel elle s’était essuyé les doigts et que les aptésiens en firent une relique…de l’humour sucré !

 FBV : Vous parlez du voile de Ste Anne qui se trouve dans la cathédrale d’Apt ?

Il faut maintenant que je vous dise tout : cette légende vient d’être imaginée par  Jean-Yves Royer-érudit et poète qui nous l’a écrite dans notre vieille et précieuse langue provençale, et c’est Marc Dumas qui nous l’a traduite.

Elle me plaisait beaucoup et je n’ai pas résisté au plaisir de vous la dire.

Marc DUMAS  Poète Provençal, écrivain de langue provençale et française.

                                                                            Grand prix de langue provençale.

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